Pourquoi il y a un désengagement des grandes puissances du conflit israélo-palestinien ?

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Dr.Mohamed Benomari

 

« Toute occupation suscite une résistance ». Le Général de Gaulle.

 

La passivité des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie comme de la Chine a donné à Benyamin Nétanyahou une occasion pour marginaliser la question palestinienne, souligne Alain Frachon au journal le monde du 19 octobre 2023. « Vous nous avez abandonnés ». Ce « vous » s’adresse aux Etats-Unis et aux Européens, mais aussi aux autres grandes puissances. C’est un Israélien qui parle, militant de la paix, partisan de la solution « des deux Etats ». Ce « vous » est un cri de désarroi et une protestation.

Dans l’amertume et les tragédies, ce « vous » est une façon de poser une question fondamentale qui conditionne l’avenir du conflit israélo-palestinien : pourquoi la médiation des grandes puissances, et plus particulièrement celle de l’Amérique, de facto pouvoir de tutelle sur le Moyen-Orient au lendemain de la guerre froide, s’est-elle arrêtée ? A Washington, Moscou, Pékin, Bruxelles, le mot d’ordre semble être le même : on ne touche pas, plus, au conflit israélo-palestinien – ou alors de façon purement rhétorique, explique Alain Frachon.

Pourquoi Israéliens et Palestiniens ne disposent-ils plus d’un cadre international pour les contraindre au dialogue ? Pourquoi ce désengagement des Grands, ce retrait, cette manière d’indifférence depuis tant d’années, se demande Alain Frachon.
Derrière la spirale de violences et d’atrocités, qui marque à nouveau le conflit entre les deux peuples se disputant la même terre, il y a cette accusation. Elle est fondée pour une raison que l’histoire du Moyen-Orient contemporain – vingt ans de guerres ininterrompues depuis 2001 – nous interdit d’ignorer le vide qui appelle à la violence, explique Alain Frachon.

L’éclatement de l’URSS, au début des années 1990, a conféré à Washington un rôle prépondérant dans la région – interlocuteur et protecteur de nombre de régimes arabes ; ami et allié stratégique d’Israël. L’Amérique avait une mission, celle d’être un honnête médiateur. Au fil des ans, et particulièrement depuis le commencement du XXIe siècle, elle l’a abandonnée, laissant libre jeu à ceux qui, en Israël comme chez les Palestiniens, ne voulaient pas de négociation.
En 1993, scellant une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), le processus d’Oslo, incomplet et déséquilibré (aux dépens des Palestiniens), institutionnalisait, sous les auspices des Etats-Unis, un dialogue entre les deux parties. La droite israélienne notamment la plus extrême, n’en voulait pas : elle entendait coloniser l’ensemble de la Cisjordanie. Rival du Fatah, le Hamas, n’en voulait pas non plus, souligne Alain Frachon au journal le monde du 19 octobre 2023.
La résolution du conflit israélo-palestinien sans reconsidérer la question des terres, paraît illusoire.

Selon Gilles Paris, éditorialiste au journal le monde, deux peuples en conflit depuis des décennies n’ont jamais été à ce point en rage l’un contre l’autre. Terreur inouïe répandue par le Hamas le 7 octobre, sans précédent dans l’histoire d’Israël ; colère palestinienne accumulée pendant des années ; chacun indigné de tout ce qui peut être perçu comme une mise en miroir, enfermé dans son incommensurable chagrin, dans un deuil imprescriptible.
Un réengagement international durable a été écartée. Les plus actifs au cours du dernier demi-siècle, les Etats-Unis, ont finalement sous-traité la question palestinienne à Israël. Les Européens sont divisés, comme les pays arabes, et ceux du Sud qui ont choisi l’équidistance entre les deux camps, n’ont guère la volonté de peser. Dans cette hypothèse, Israël restera maître du jeu avec une stratégie fondée sur l’unilatéralisme, -le refus de toute négociation avec les Palestiniens, la colonisation et le recours métronomique et systématique à la force. Par cela, explique François Dubuisson, Israël ignore le droit international, notamment la quatrième Convention de Genève, qui dans son article 49 interdit l’installation de populations civiles de la puissance occupante en territoires occupés : « Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ou de l’Assemblée générale, considèrent que la politique israélienne d’établissement d’implantations juives est une politique de colonisation, et une politique qui est contraire à la quatrième Conventions de Genève », explique François Dubuisson.

Pour donner au conflit colonial le visage d’une guerre de religion et « contrecarrer la création d’un état palestinien », Benyamin Nétanyahou a favorisé le Hamas au détriment du Fatah, comme l’explique la journaliste Lahav Harkov , dans un article de mars 2019 du Jérusalem Post cité par Libération. Un article rendant compte d’une réunion entre Netanyahu et des parlementaires de son parti, souligne : « le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a affirmé que sa stratégie vise à maintenir la séparation entre le Hamas et l’Autorité palestinienne ».
Pourquoi un tel climat d’exacerbation ?

Henry Laurens, replace ce déchainement de la violence dans le contexte de « la colonisation de refoulement », théorisé par la science politique : « Un peuple arrive et pousse l’autre. Du coup, celui qui a été poussé ne rêve que d’une seule chose, de mettre le premier à la mer, et celui qui est dans ce cas-là a peur qu’on le jette à la mer, et il devient violent. Un système de violence est engendré ».
Ainsi, conclut Alain Frachon l’État d’Israël a connu un double échec : « un échec de la normalisation parce qu’on le met en situation permanente d’exceptionnalité, et il ne peut agir qu’en position d’exceptionnalité. Le deuxième échec est l’impossibilité d’être heureux. L’État d’Israël se trouve toujours en situation de violence. Une situation de guerre en permanence et de peur en permanence, ce qui se réplique sur la diaspora elle-même. Donc ça donne des répercussions tout à fait épouvantables sur le plan psychologique et géopolitique. », conclut Henry Laurens

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