Le Docteur Mounir El Kadiri traite de la crise de valeurs et de l’édification civilisationnelle des nations
Italiatelegraph Madagh:La 86ème édition des Nuits al Wissal, organisées par la Mashyakha de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya et la fondation al Moltaqa en collaboration avec la fondation al Jamal, ce samedi 8 janvier 2022, a coïncidé avec la 78ème commémoration de la présentation du manifeste de l’indépendance. De ce fait, des sessions en lien avec cet événement historique ont été intégré au programme en plus des sessions de sensibilisation sanitaire et juridique, des capsules de développement personnel, et des séances de chants soufies. La Mashyakha de la Tariqa a également, à l’occasion de cette Nuit al Wissal, présenté ses condoléances à la famille de l’ex-secrétaire général du ministère des affaires étrangères et ambassadeur Mohammed Sijilmassi, ainsi qu’à la famille de feu Al Maati Jorio, ancien ministre et ambassadeur du Maroc auprès de plusieurs pays. Comme d’habitude, cette nuit a également connu la participation de plusieurs savants et chercheurs, dont le Dr. Mounir El Kadiri, qui a traité le sujet suivant : « La crise de valeurs et l’édification civilisationnelle des nations ».
Ce dernier a commencé son allocution en faisant référence au trouble qui caractérise la réalité de l’humanité aujourd’hui en conséquence des crises économiques récurrentes, ainsi que de la crise sanitaire actuelle du Covid-19, crises accompagnées à la fois d’espoir dans un meilleur lendemain mais également d’appréhension du futur inconnu. Il a signalé, dans ce contexte, l’impuissance de la civilisation occidentale face à cette grande crise qui a dévoilée la réalité du socle éthique des peuples et la prétention de civilisation humaine, d’urbanisation et de préservation des droits de l’Homme, que ce soit à l’échelle des pays ou des individus. On constate ainsi la propagation de la loi du plus fort, de comportements contraires à l’éthique et de lois conflictuelles.
Le président de la fondation al Moltaqa a, par ailleurs, assuré que le bonheur individuel et collectif, l’apaisement de l’âme et la tranquillité de la conscience ainsi que le progrès civilisationnel dans tous les domaines de la vie ne peuvent émerger qu’à travers des valeurs morales nobles concrétisées à travers des comportements dans la vie de tous les jours, que ce soit en temps de prospérité ou en temps de difficulté et de conflit. Il a cité à ce sujet cette parole du penseur et écrivain français René Guénon (Adbewahid Yahya Guénon) dans son livre « La crise du monde moderne » paru en 1927, qui dit (traduction du texte arabe et non pas texte original) : « L’homme a mis son destin entre les mains de la raison seule qui s’occupe de la conception, de la consultation et de la réalisation. Ainsi, il y a une crise de la raison, de façon évidente, crise qui a noyé l’homme dans le scepticisme et l’incertitude et dans la pollution intellectuelle et doctrinale. Au nome de la raison, l’âme a été exclue et marginalisée. Le rationalisme a pris le dessus, avec ses horizons limités, et ses connaissances incomplètes, ce qui a plongé l’humanité dans une situation qui menace les caractéristiques civilisationnelles les plus nobles. Dans ce contexte de prévalence de la raison, la vie matérielle a pris le dessus sur ce qui est immatériel et spirituel, ce qui a engendré l’absence de sécurité spirituelle et un déséquilibre civilisationnel, ainsi que la rupture de l’harmonie entre les fondements de l’existence humaine et le déséquilibre entre le corps et l’âme. Tout cela a plongé l’humanité dans une vie dominée par la culture de consommation, d’aliénation, et de perte d’identité, ce qui a engendré la perte des fondements de la sécurité civilisationnelle ».
Le Dr. El Kadiri a, en outre, montré que les sociétés occidentales développées qu’on aspire à rattraper en terme de progrès scientifique, technologique, politique et économique, connaissent en réalité de graves crises sociales à cause du vide spirituel. Il a insisté sur le besoin de l’homme moderne de se rappeler le rôle des valeurs morales et éthiques et de leurs impact considérable sur les dimension matérielles et spirituelles de sa vie.
Il a rappelé que l’islam appelle à se remémorer les valeurs éthiques dans tout acte, que ce soit des actes d’adorations, des transactions, un achat ou une vente, un travail ou un poste, ainsi que dans les relations avec l’autre, au sein de la famille, l’éducation des enfants, etc. Il a signalé que l’absence de ces valeurs éthiques et spirituelles a généré « la décadence morale, le manque de sincérité, le laxisme, la défaillance, l’irresponsabilité, la fraude, l’injustice et la corruption qui affectent la plupart des relations et des comportements. Tout cela trouble la vie, perturbe les relations, ralentit le développement et la croissance et détruit les sociétés ». Il a corroboré ses propos avec les paroles du Dr. Taha Abderrahman insistant sur la place centrale des valeurs dans la vie humaine.
Le directeur du CEMEIA a continué en insistant sur le fait que « le vide spirituel est une maladie grave, bien plus grave que les maladies organiques, car il affecte significativement notre vie terrestre et notre au-delà ». Il a montré que le manque d’importance accordée à la politique éducative éthique musulmane saine et ouverte sur le monde, au sein de nos foyers, nos écoles et nos universités, a contribué à l’aggravation du vide psychologique et idéologique dans nos sociétés. Il a indiqué que les valeurs morales sont devenues une denrée très rare à cause de l’insouciance, de l’amour excessive de la vie d’ici-bas, de l’éloignement des recommandations de la religion et de l’ignorance de la gravité de porter atteinte aux droits d’autrui.
Il a, par ailleurs, montré que l’éducation sur les valeurs éthiques et nobles est une éducation basée sur la connaissance, qui vise à amener l’humanité vers un socle de valeurs civilisationnelles représentant une base solide pour son avenir, en harmonie avec la mission d’intendance qui incombe à l’homme, ce qui nécessite que chaque individu développe une conscience éthique et religieuse. Il a cité à ce propos le hadith d’Umm Salama, que Dieu l’Agrée, où le Prophète (PSL) dit : « Quand Dieu Aime un serviteur, il lui Donne un prédicateur de lui-même qui lui ordonne le bien et lui interdit le mal ». Il a mentionné que cette conscience dissuade la personne qui tend à négliger ses devoirs et la pousse à se consacrer avec dévouement au bien commun.
Il a mis en avant le rôle important des valeurs de sincérité et d’excellence dans le progrès de plusieurs nations. Il a attiré l’attention sur l’universalité de ces valeurs, qui sont aussi stables, souples, réalistes, et en accord avec la nature primordiale saine de l’être humain. Il a, de plus, insisté sur le rôle du soufisme – La station de l’excellence – dans la préparation de l’être humain à acquérir ces valeurs et les mettre en pratique au service de son pays et de sa société en citant cette parole de Sidi Ibn Ataa Allah Assakandari : « Les actes sont des formes vides, l’âme y pénètre par le secret de la sincérité ».
Le Dr. El Kadiri a ajouté que « les valeurs éthiques sont le réservoir dans lequel puisent les nations pour remédier aux différents déséquilibres qui les affectent. On réalise ainsi l’ampleur du crime qui a été commis à l’encontre de cette communauté quand elle a été poussée vers la négligence des valeurs éthiques. Quand les conditions de vie sont devenues plus rudes, il n’y a pas eu de base éthique sur laquelle les gens peuvent s’appuyer pour lutter contre les tentations et les différentes sources de décadence. En effet, la consommation sans dimension éthique et spirituelle détruit l’identité et les valeurs humaines ».
Il a insisté sur l’importance de trier et différencier les forces et les faiblesses de la civilisation matérialiste occidentale afin de réaliser les dangers de l’absence de la dimension éthique et morale et de ne pas la négliger dans la réforme de nos sociétés. Il a affirmé, dans ce sens, que l’objectif est d’atteindre l’équilibre et la complémentarité dans le développement des besoins matériels, intellectuels et spirituels de l’homme.
Il a, par ailleurs, souligné les initiatives humaines et éthiques de quelques pays musulmans, lors des crises et difficultés qu’a connues le monde. Il a cité, parmi ces pays, le royaume du Maroc qui se caractérise par son noyau civilisationnel, spirituel et éthique et sa profondeur culturelle et sociale. Il a insisté sur le fait que le Maroc a préservé la valeur et la dignité de l’être humain et il a fait référence à la manifestation de l’éducation Mohammadienne de l’excellence dans le comportement civilisé des marocain, roi et peuple, dont l’histoire atteste.
Il a montré que le patrimoine musulman soufi spirituel marocain regorge de trésors qui éblouissent les regards et revivifient les cœurs morts, avec ce qu’il renferme comme sagesse et guidance préservant de l’égarement et visant à revivifier le message du sceau des Prophètes. Il a affirmé que le soufisme, station de l’excellence, s’intéresse aux profondeurs de l’âme et de toute chose, en signalant qu’être soufi signifie « devenir un homme qui œuvre dans sa vie, entre invocation et réflexion, dont le cœur s’est rempli d’amour et a débordé de miséricorde et de beauté, un homme qui voit la beauté dans les moindres détails de sa vie. Être un soufi musulman réalisant la station de l’excellence signifie être une personne qui peuple la terre avec sagesse et entretien une lien intime avec son Seigneur. » Il a, dans ce contexte, cité ce hadith qudsi : « Ni Ma terre ni Mon ciel ne peuvent me contenir, mais le cœur de mon serviteur croyant Me contient ».
Il a conclu son intervention en insistant sur le besoin de « Trouver une nouvelle approche du développement éthique, basée sur la réinterprétation de nos fondements éthiques pour tenir compte des réalités de notre époque et suivre le rythme du développement culturel, spirituel, créatif et médiatique, ainsi que sur la mise en avant des contenus qui rassemblent et rapprochent les peuples (aussi appelé « diplomatie spirituelle et religieuse »), dans un équilibre entre le matériel et le spirituel, et dans le but d’enraciner l’éducation sur les valeurs éthiques dans les âmes,… valeurs de l’interaction positive fructueuse avec notre époque et notre environnement afin qu’on soit des personnes positives, actives et créatives à travers notre contribution à moraliser et humaniser cette civilisation moderne pour qu’elle devienne un commun humain et universel sous la bannière de la paix, du respect, de la sécurité et du vivre ensemble, en œuvrant tous ensemble sous l’égide de sa Majesté le roi Mohammed 6, qu’Allah l’Assiste, qui est toujours au service des causes nobles, du pays et de l’humanité entière. »






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