L’Institution de l’Aoun de l’Autorité: Entre Dérision Populaire et Déni Institutionnel Une tentative de compréhension et de cadrage
• Dr. Abdellah Chanfar
L’institution de l’aoun de l’autorité (auxiliaires d’autorité), représentée par les figures du cheikh et du moqaddem, constitue l’un des acteurs subalternes les plus étroitement liés à la structure territoriale avancée de l’État marocain. Depuis des décennies, elle joue un rôle central dans la mise en œuvre concrète des politiques publiques, contribuant à la sécurité sociale et accompagnant les besoins des citoyens dans divers domaines administratifs et réglementaires.
I. Lecture historique et fonctionnelle de l’institution
Les figures du cheikh et du moqaddem ne sont pas de simples appellations traditionnelles, mais prolongent une structure de régulation territoriale enracinée dans la fonction administrative de l’État marocain depuis le protectorat, voire avant, dans des formes d’organisation traditionnelles. Ces auxiliaires ont historiquement assuré :
• La surveillance de terrain et la rédaction de rapports de sécurité préventifs, en tant que service noble rendu à la société.
• La facilitation des relations entre l’État et le citoyen, notamment en milieu rural.
• Le suivi du quotidien des citoyens : documents administratifs, notifications, contrôle de la construction, exécution des instructions liées à l’ordre public.
Mais le populisme, tel que le démontrent les faits, n’est pas qu’un discours politique ou social. C’est un système global qui repose sur :
• La généralisation du spectacle et de la moquerie au détriment de la rigueur et de l’analyse.
• La banalisation des enjeux à travers la plaisanterie, l’ironie et les superstitions.
La question cruciale qui se pose est alors : Comment une société régie par de telles normes dégradées peut-elle produire sécurité, stabilité, développement et urbanité ?
II. Représentations sociales : de la marginalisation à la stigmatisation
Les représentations sociales de cette catégorie, notamment dans les espaces populaires et les plateformes numériques, se caractérisent par un ton moqueur qui dévalorise la fonction qu’ils exercent et les transforme parfois en objets de stigmatisation symbolique. Cette contradiction s’aggrave en raison de l’absence de reconnaissance institutionnelle claire à leur égard — ni statut juridique, ni carrière structurée, ni mécanismes de valorisation — ce qui les place dans une posture de déni institutionnel, amplifié par l’indifférence sociale à leur capital symbolique malgré leur mobilisation quotidienne. Dès lors, cet article s’articule autour d’un paradoxe sociologique évident : Comment une catégorie sociale assurant des fonctions stratégiques dans l’architecture sécuritaire territoriale peut-elle être simultanément objet de dérision populaire et de marginalisation institutionnelle ?
III. Questions problématiques
• Quelle est la structure symbolique associée aux figures du moqaddem et du cheikh dans l’imaginaire collectif marocain ?
• Comment les récits populaires et les médias numériques contribuent-ils à reproduire cette image ?
• En quoi ces représentations sont-elles liées à la nature pratique de leur mission de terrain ?
• Comment ce décalage entre fonction et image influence-t-il les relations entre État et société à la base ?
IV. L’importance de cette étude
Cette étude vise à déconstruire la relation ambivalente entre perceptions sociales et institutions sécuritaires modestes, et à poser la nécessité d’une réhabilitation symbolique et institutionnelle de cette catégorie. Non pour les glorifier, mais pour garantir un service public efficace dans le respect des droits et devoirs.
V. L’aoun de l’autorité (auxiliaires d’autorité) : une force discrète de la sécurité territoriale
On ne peut mesurer la portée de l’apport de cette institution sans prendre en compte la nature polyvalente des fonctions exercées par ses agents, entre :
• Régulation administrative
• Veille sociale
• Médiation locale
• Exécution des directives publiques
Les cheikhs et moqaddems ne sont pas de simples employés subalternes, mais des acteurs centraux de la stabilité quotidienne, intervenant pour résoudre les conflits, lutter contre la construction illégale, assurer la communication avec la population, transmettre les décisions des autorités centrales. Et cela dans des contextes souvent informels, sans garanties professionnelles suffisantes.
VI. Dérision populaire : un miroir brisé de la mémoire collective
Malgré ces rôles fondamentaux, l’image de l’aoun de l’autorité (auxiliaires d’autorité) est souvent associée à la moquerie, non pas à cause d’un défaut structurel, mais à la confluence de plusieurs facteurs :
• Héritage de surveillance autoritaire : Le moqaddem est perçu comme “l’œil” du pouvoir, ce qui l’a souvent rendu objet de crainte et de dérision, stratégie psychologique de défense contre une autorité mal comprise. Pourtant, dans des sociétés qui valorisent la surveillance comme outil de progrès, cela a servi à enrayer corruption et illégalité.
• Faible reconnaissance institutionnelle : En l’absence de statut clair, de protection juridique ou de formation continue, les auxiliaires se trouvent dans une situation précaire, alimentant leur vulnérabilité à la moquerie.
• Culture numérique débridée : Les réseaux sociaux ont transformé ces figures en cibles faciles de dérision, dans un climat général de satire où même l’enseignant, le policier ou le médecin sont tournés en dérision. Le moqaddem, en tant que visage de proximité de l’État, reste cependant la cible privilégiée.
VII. Déni institutionnel : le silence au-dessus de blessures ouvertes
Plus grave que la dérision populaire est ce silence institutionnel : absence de reconnaissance des efforts, manque d’encadrement clair, travail sous injonctions orales… autant de signes d’un déni de reconnaissance qui prive l’État de son bras de proximité et affaiblit son efficacité.
VIII. Du besoin de reconnaissance au projet de refondation
Ce dont a besoin l’institution aujourd’hui, ce n’est pas d’une campagne médiatique, mais d’un projet institutionnel fondé sur la légalité, la dignité et la compétence :
• Adoption d’un statut clair définissant missions, droits et obligations.
• Mise en place d’une formation continue administrative et juridique.
• Création de mécanismes objectifs d’évaluation de la performance.
• Révision du discours étatique et médiatique sur cette institution en tant que pilier de la sécurité et du développement territorial.
Conclusion
L’institution de l’aoun de l’autorité (auxiliaires d’autorité) n’est pas un simple outil d’exécution. C’est un miroir quotidien de l’État aux yeux des citoyens. Si la dérision témoigne d’une crise de confiance, le déni de leurs rôles est une faute symbolique qui fragilise l’État lui-même. Entre moquerie inconsciente et silence injuste, se dessine la nécessité d’une nouvelle conscience collective pour réhabiliter cette catégorie, non par glorification mais par justice, encadrement et reconnaissance.






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