Dr.Mohamed Benomari
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa accuse, Israel d’« actes génocidaires » à Gaza, devant la plus haute juridiction de l’ONU, Cour Internationale de Justice (CIJ) , jeudi 11 janvier 2023.
Dans une requête de 84 pages adressée à la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, l’Afrique du Sud exhorte les juges à ordonner d’urgence à Israël de « suspendre immédiatement ses opérations militaires » dans la bande de Gaza.
Pretoria estime qu’Israël « s’est livré, se livre et risque de continuer à se livrer à des actes de génocide contre le peuple palestinien à Gaza ».
Pour défendre cette première affaire portée par le pays devant la CIJ, Pretoria envoie « une équipe d’élite » d’avocats, a souligné Cathleen Powell, professeur de droit international à l’université du Cap. Parmi eux, John Dugard, associé au cabinet d’avocats international Doughty Street Chambers, pour lequel travaille auquel notamment Amal Clooney. Me Dugard a été rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens. Y figure aussi Tembeka Ngcukaitobi.
Une délégation menée par le ministre de la justice, Ronald Lamola, se rend aussi à La Haye pour soutenir leds Palestiniens.
Question de principe :
La requête de Pretoria est motivée par des raisons historiques et politiques. Le parti au pouvoir (Congrès national africain, ANC), soutient depuis longtemps la cause palestinienne, qu’il a associée à la lutte contre l’apartheid. Nelson Mandela avait ainsi affirmé que la liberté de l’Afrique du Sud serait « incomplète sans la liberté des Palestiniens ».
Le président Cyril Ramaphosa a déclaré que Mandela avait inspiré l’action devant la justice internationale, et évoqué une « question de principe » : « Le peuple palestinien est bombardé et tué. Nous avions le devoir de nous lever et de soutenir les Palestiniens. »
Cinq questions sur la plainte de l’Afrique du Sud pour génocide qui embarrasse Israël :
1. Qui porte plainte pour génocide à Gaza contre Israël ?
Le gouvernement sud africain estime que la riposte de l’État hébreu dans la bande de Gaza (plus de 23 000 morts) relève d’actes génocidaires, contraires à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, ratifiée par les deux pays.
L’Afrique du Sud a donc saisi le 30 décembre la Cour internationale de Justice (CIJ) de l’Onu, basée à La Haye, qui juge les différends entre États. À ne pas confondre avec la Cour pénale internationale (CPI), que ne reconnaît pas Israël, et qui juge depuis 1998 les crimes de guerre et/ou contre l’humanité commis par des individus, y compris des chefs d’État.
2. Que juge-t-on dans cette plainte ?
En attendant l’accusation de génocide, Pretoria réclame qu’Israël suspende immédiatement son offensive à Gaza, mette fin aux déplacements forcés ou encore permette un accès inconditionnel de l’aide humanitaire.
3. Quand la Cour rendra-t-elle une décision ?
Assez vite, dans un délai de quelques semaines.
Le souci, c’est que si les décisions de la CIJ sont sans appel et contraignantes pour les États, la Cour n’a pas les moyens de les faire respecter par la force. Seul le conseil de sécurité de l’Onu peut le faire.
4. Pourquoi Israël est-il aussi irrité ?
Que l’État fondé en 1948 en réponse à la Shoah (six millions de juifs assassinés) soit poursuivi pour génocide, est insupportable pour les Israéliens.
5. Que craint Israël ?
Pour Israël, la menace est double. À court terme, c’est celle d’une injonction de la CIJ à suspendre la guerre, qui accentuerait encore davantage la pression, y compris chez ses alliés occidentaux, pour arrêter le carnage à Gaza.
À plus long terme, une condamnation pour génocide affaiblirait la position d’Israël en Cisjordanie occupée, où l’État hébreu mène depuis la conquête de 1967 une politique coloniale, accentuée et assumée depuis les années 1990.
Une situation que des organisations internationales reconnues qualifient depuis 2021 d’Apartheid.






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