Dr.Mohamed Benomari
Le Niger se retrouve au cœur de profondes transformations géopolitiques. Alors que le pays redéfinit ses alliances militaires, les États-Unis, anticipant les enjeux sécuritaires, renforcent leur présence sur le terrain. Les drones et les bases d’opérations américaines s’érigent comme les piliers de cette nouvelle orientation.
Les États-Unis à la manœuvre dans un Niger en transition
Suite à la rupture des accords avec la France orchestrée par la junte militaire nigérienne, les États-Unis ne comptent pas rester en retrait. Dans une démarche d’approfondissement de leurs opérations dans la région, ils renforcent la coopération militaire avec le Niger. Les États-Unis ont déployé un arsenal technologique avancé pour renforcer leur capacité de surveillance. Les drones MQ-9 Reaper, dotés de capacités ISR avancées, survolent régulièrement le territoire nigérien pour surveiller les mouvements des groupes jihadistes. Ces drones, stationnés dans la base aérienne d’Agadez, jouent un rôle crucial dans le recueil de renseignements.
De plus, les bases d’opérations américaines, comme celle d’Agadez, sont continuellement mises à niveau pour soutenir les opérations terrestres. Ces bases abritent non seulement des unités de drones, mais également des troupes spéciales et des équipements lourds.
Les forces américaines font de nouveau voler leurs drones au Niger
Si la junte qui a pris le pouvoir au Niger s’est empressée de dénoncer les accords militaires avec la France, elle se garde bien d’en faire autant avec ceux conclus avec le États-Unis. Et ceux-ci permettent notamment aux forces américaines de s’installer durablement à Niamey ainsi que sur la base aérienne 201 d’Agadez. Mais pas seulement puisque la CIA a aussi été autorisée à utiliser ses drones depuis la base de Dirkou, située au sud de la Libye et à l’ouest du Tchad.
Jusqu’à présent, Wahsington a adopté une attitude prudente à l’égard de la junte, en évitant, par exemple, de parler de « coup d’État » pour qualifier la destitution de Mohamed Bazoum, le président légalement élu. Et cela afin de ne pas remettre en cause la coopération militaire avec le Niger. En outre, certains putschistes, comme le général Moussa Salaou Barmou, récemment promu chef d’état-major des forces nigériennes, ont fréquenté des écoles militaires américaines… Ce qui peut faciliter le dialogue.
D’ailleurs, c’est ce qui a sans doute permis aux forces américaines de renouer avec le fil de leurs missions de contre-terrorisme au Sahel…
En effet, le 13 septembre, lors de la convention de l’Air and Space Forces Association, le général James Hecker, le chef des forces aériennes américaines en Europe et en Afrique, a affirmé que les vols de drones avaient repris au Niger depuis deux semaines.
« Pendant un certain temps, nous n’avons réalisé aucune mission » depuis nos bases au Niger. Mais « grâce au processus diplomatique, nous effectuons désormais une grande partie des missions que nous faisions auparavant », a en effet déclaré le général Hecker.
Il s’agit surtout de missions dites ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance], impliquant des drones et des avions légers [le général Hecker a parlé de vols avec et sans pilote, ndlr].
Pour rappel, la semaine passée, le Pentagone a fait savoir que, « par mesure de précaution », les forces américaines présentes au Niger [soit environ 1100 militaires] allaient être quasiment toutes regroupées à Agadez. Ce qui, selon le général Hecker, a un « impact opérationnel » car « de nombreuses cibles à surveiller sont désormais plus éloignées de la base aérienne 201 que de la base aérienne 101 [de Niamey] ».
En clair, les drones américains ont désormais plus de chemin à parcourir pour survoler la région dite des trois frontières, située aux confins du Niger, du Burkina Faso et du Mali, où sévissent les groupes jihadistes. Ce qui fait qu’ils restent moins longtemps au-dessus de cette zone d’intérêt. « On n’obtient pas autant de données qu’avant », a insisté le général Hecker.
Cela étant, un porte-parole du Pentagone, le général Patrick Ryder, a confirmé la reprise des vols de drones au Niger. « Nous avons obtenu l’approbation des autorités compétentes », a-t-il dit. « Les États-Unis se réservent toujours le droit de mener des opérations pour protéger leurs forces si nécessaire », a-t-il ajouté. Cependant, « nous n’avons pas repris les missions de formation et d’assistance aux forces nigériennes, ni la coopération anti-terroriste » avec Niamey, a-t-il précisé.
La complexité du Sahel et le rôle des forces armées
La région du Sahel, marquée par une diversité ethnique et des frontières poreuses, est un foyer pour des groupes armés variés. Face à cette complexité, les forces américaines s’associent aux armées locales, combinant formation, technologie et expertise tactique. Ensemble, ils mènent des opérations conjointes, allant du renseignement à la contre-insurrection, tout en cherchant à gagner la confiance des communautés locales.
Le Niger, des ressources et des opportunités stratégiques
Outre son rôle géopolitique, le Niger regorge de ressources. L’uranium, essentiel pour l’énergie nucléaire, est d’une importance majeure pour des pays comme la France. Mais l’or, le pétrole, le charbon et le cuivre s’ajoutent à cette richesse, attirant l’attention de nombreuses grandes puissances. Le Niger émerge comme un acteur géopolitique central. Sa stabilité, directement influencée par les opérations militaires en cours, a des répercussions bien au-delà de ses frontières, touchant les stratégies des grandes puissances mondiales.






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