Pourquoi la France hésite à franchir le pas pour reconnaitre la souveraineté marocaine sur son Sahara ?
Dr. Mohamed Benomari
Les relations entre le Maroc et la France sont plurielles, faites de liens humains, culturels, sportifs, économiques et politiques. Du fait de leur vivacité, elles ont connu au cours de l’histoire des brouilles sporadiques.
Depuis novembre 2021, c’est l’affaire des visas qui a distendu les relations entre les deux pays. Notons que la France délivre annuellement aux marocains environ 40.000 visas et 16 000 visas pour les travailleurs marocains saisonniers.
A l’affaire des visas viens s’ajouter la question du Sahara marocain ou la France hésite à franchir le pas pour reconnaitre la marocanité du Sahara marocain, du fait de ses relations très compliquées et difficiles avec Alger.
Concernant cette question, SM le Roi fait considère ce dossier une cause existentielle pour le Royaume. « Le dossier du Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », avait-il mis en garde lors d’un discours le 20 août 2022. Du coup, le Sahara est devenu la boussole par lequel le Maroc voit ses partenaires. Celle-ci est aujourd’hui devenue l’épine dorsale de la diplomatie marocaine.
Dans cette mouvance, après la reconnaissance des Etats-Unis de la souveraineté marocaine sur son Sahara, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, par une lettre datée du 17 juillet 2023, adressée au Roi Mohammed VI, reconnait également la souveraineté marocaine sur la province du sud du Maroc.
Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une dynamique enclenchée ces dernières années, avec la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du royaume sur ses provinces du sud, le soutien d’une quinzaine de pays européens au plan d’autonomie et l’ouverture d’une trentaine de consulats à El-Ayoun et Dakhla.
C’est une victoire de la diplomatie marocaine qui a pu avoir l’appui de plusieurs pays européens notamment, l’Espagne, l’Allemagne et la Hollande. C’est ainsi que le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré que l’Espagne considère que l’initiative marocaine est « bonne, sérieuse, réaliste et crédible pour résoudre ce conflit »
La France, quant à elle, campe sur sa position grise du fait de ses rapports très mitigés et toxiques avec Alger.
Quant à la droite française républicaine, elle félicite le Maroc pour ces succès diplomatiques et demande à Emmanuel Macron de « reconnaitre la marocanité du Sahara ». Plusieurs politiciens et diplomates français de droite ont salué la décision d’Israël et appelé à une réaction forte du président Macron pour “résoudre cette question stratégique”, comme l’a souligné Éric Ciotti, président du parti de droite Les Républicains :”Nous avons besoin du Maroc, l’Europe a besoin du Maroc”.
En fait, le rapport entre Paris et Rabat n’est plus le même qu’il y a 20 ans. Le Maroc a su diversifier son économie et ses relations avec le reste du monde et a réalisé que l’Afrique, grâce à son potentiel de croissance et ses richesses, devient une opportunité pour le Royaume. C’est ainsi que la politique marocaine a diversifié ses partenaires notamment avec les pays africains.
La France s’est piégée depuis des décennies dans une relation toxique avec l’Algérie. Il est temps de rééquilibrer les relations avec les pays du Maghreb et d’avoir plus de considération pour le Maroc et son économie, en évolution nettement plus positive que celle de son voisin. Le Sahara est marocain, la France finira par le reconnaître.
Après la reconnaissance par Israël de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, la pression monte pour que la France prenne la même décision. Une telle décision permettrait sans aucun doute de réparer et de renforcer les liens actuels entre Rabat et Paris.
Aujourd’hui, avec la décision d’Israël sur le Sahara, le Maroc reproche à la France de ne pas suivre l’exemple de Jérusalem et de ne pas reconnaître la “marocanité” de la région, une “question nationale” pour le Royaume, comme le souligne Al-Arab : “La position de la France est importante parce que la position européenne en dépend”, explique Aziz Boucetta sur son site, Panorapost.
L’Elysée estime que sa position sur cette question est “claire et cohérente” et qu’elle est fondée sur la recherche d’une “solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies”. De même, la France considère le plan d’autonomie de Rabat comme “sérieux et crédible”, ce qui a été souligné à plusieurs reprises par de hauts responsables français, comme l’ambassadeur de France à Rabat, Christophe Lecourtier, qui a rappelé lors d’une récente interview à L’Economiste que la position de Paris était, depuis le début, “clairement en faveur du Maroc”.






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