*Mohammed Farahat
Il me plaît de raconter, de temps en temps, une anecdote que m’ont bien confirmé ses protagonistes, deux officiers supérieurs dont l’un est un cousin et l’autre mon ami.
Au plus fort des hostilités et des affrontements armés entre nos troupes armées et les milices séparatistes du Polisario, dans la zone sud, une mission de l’État-major s’est rendue sur le front, où les combats faisaient rage, pour une inspection de circonstance.
En effet, Alors que les échanges de tirs étaient nourris entre les deux parties, le commandant marocain était en train de préparer un thé. Abasourdi par la scène, son ami officier l’a quand même interpellé pour essayer d’attirer son attention sur la dangerosité de la situation. Il l’a rassuré en l’invitant à partager avec ses hommes les marques de bienvenue, un verre de thé et un morceau de pain. Une fois les devoirs d’hospitalité accomplis, ils s’occuperont du fils de p… qui s’agite de l’autre côté ;car de toute façon, son compte sera réglé avant la tombée de la nuit. Les deux soldats sont maintenant des hauts gradés de notre armée, des généraux dont l’un est à la retraite et l’autre dans un haut poste de responsabilité.
Ils se connaissaient depuis longtemps, dès la sortie de l’académie, avec quelques années de différence. Ils ont à leur actif et en leur honneur le ratissage de la zone sud, sa sécurisation et l’anéantissement de l’hostilité d’un ennemi qui a bénéficié d’abord de la bipolarité politico idéologique du monde, de sentiments de sympathie à l’égard de tout un chacun qui se réclamait de l’idéal communiste révolutionnaire. Les soutiens en armement par l’Algérie, la Libye, cuba, le Venezuela, l’Ouganda et d’autres pays avait rendu les affrontements durs et particulièrement meurtriers.
Il a fallu le génie de nos forces armées marocains pour édifier un mur de défense tout au long des frontières avec la Mauritanie et l’Algérie pour annihiler toute tentative d’intrusions velléitaires. Truffé de moyens techniques et électroniques de détection, d’alerte et de dissuasion défensive, il a été renforcé par des drones de reconnaissance.
L’œuvre stratégique de l’armée marocaine lui a permis de décliner des plans tactiques pour la mise à niveau sans cesse du matériel militaire et de la qualification continue des troupes.
Depuis les années 70 du siècle dernier, le travail continue, renforcé, à partir des années 2000, par une architecture de renseignement civil et militaire et la multiplication des opérations de reconnaissance terrestre, aérienne et navale. Ce qui a valu à notre pays d’être dans l’élite des États qui ont un système militaire de défense intégré des plus performants en Afrique et dans la zone MENA.
Nos deux officiers ont été les poulains de soldats d’exception dont feus Dlimi, Ghoujdami, Bennani qui évoluent avec eux dans les tranchées et portent encore les stigmates des accrochages en corps à corps.
Les amateurs des sciences politiques, les inconditionnels du droit et les épris des fluctuations des relations internationales sont unanimes pour s’aligner sur les enseignements d’auteurs stratèges comme le Général chinois Sun Tzu, l’italien Machiavel ou l’autrichien Clausewitz et précurseurs de la théorie du parallélisme entre les motivations du diplomate et du soldat. Seuls les moyens mis en œuvre les différencient, quand il s’agit de défendre le pays : la puissance de feu sur le champ de bataille pour le soldat et l’argument imparable du diplomate dans la négociation .
Autrement, les deux s’équipent des mêmes outils stratégiques et tactiques et déclinent le déploiement de leurs éléments d’action selon les mêmes règles matricielles.
L’on ne peut pas dire que les affaires étrangères ont été moins loties en leadership et en cadres. Des nationalistes de haut calibre ont pensé, mis en place et conduit avec beaucoup d’efficacité la diplomatie marocaine. Des noms comme feus Balafrej, Iraqui, Boucetta, Filali ou Taib Fassi, ont laissé des émules et leurs marques sont restées indélébiles.
Contrairement à ce qu’une certaine presse laisse courir comme balivernes , le Maroc peut s’enorgueillir de compter des filles et des fils qui portent haut le drapeau et au fond de leurs tripes l’amour de leur pays, soldats et diplomates unis pour le même destin et les mêmes défis. Nos ambassadeurs sont parmi les meilleurs diplomates au monde et en soutien ils ont des plénipotentiaires, des conseillers, des Secrétaires et des attachés dont le dévouement est infaillible.
Mais il faut reconnaître que le problème de notre appareil diplomatique se situe non pas au niveau des troupes mais bien au niveau du leadership qui est sensé penser la stratégie et faire décliner les tactiques idoines.
Les dynamiques des matrices sont malheureusement inversées et l’on vient de le constater à Tunis à l’occasion de Ticad 8. À peine le Sénégal, les Comores et le Liberia ont réagi et ont montre une esquisse de solidarité. Auparavant on comptait pas moins de la moitié au minimum des pays africains membres de l’UA qui s’alignaient de notre côté.
D’ailleurs, la débâcle de Tunis était bien annoncée dès le 14 juillet à Lusaka, à l’occasion de la réunion des hauts fonctionnaires. Ce qui allait donc se passer était prévisible et l’on disposait de suffisamment d’informations et de temps pour faire tourner les vents en notre faveur. Le comble de l’incohérence est l’envoi d’une délégation marocaine très importante en l’absence d’un chef de délégation et ce n’est pas nouveau. Le ministre gérait à distance la préparation de la participation marocaine alors qu’il devait être sur le terrain.
Malheureusement force est de constater que la conduite de la diplomatie marocaine par le leadership actuel du ministère des affaires étrangères est symptomatique d’une absence de vision stratégique et prospective, plombée par une action introspective et introvertie et compliquée par un grippage presque volontaire de la chaîne de commandement. C’est ce que d’aucuns appelleraient de manière laconique une politique de l’autruche qui permet de ne pas faire face aux défis sur le terrain de l’action et de la confrontation et de se contenter de lancer des invectives depuis les QG, moyennant des communiqués aussi creux que inefficaces. Et dire qu’on sortait à peine de l’épisode colombien où le principal des efforts a été déployé, avec l’aide d’une presse acquise et bien rangée, sur un fait divers qui aurait impliqué des agents de l’ambassade du Maroc, réussissant ainsi à détourner l’attention du problème principal à savoir le retournement de position du gouvernement colombien et l’ingérence dans les attributions de notre ambassadrice à Bogota, connue qui plus est par ses grandes compétences
Là se confirme l’adage marocain qui dit que le djebli quand il veut insulter, il n’ouvre pas sa gueule mais se contente de donner le doigt depuis le dessous de sa djellaba.
*Ancien ambassadeur






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