Par : M’barek Housni
Tout à coup le monde s’est arrêté de tourner au printemps dernier. Ou presque. On ne sort plus. On se regarde se regarder à longueur de journées dans le large miroir que le confinement et les semi-confinements ont dressé face à nos visages, devant nos yeux. Sortir équivaudrait au danger de mort.
Dans notre solitude, l’autre n’est plus que moi ou qui s’approche de moi en tout, qui me ressemble. Puisque les frontières ont été fermées, la rencontre du différent est presque impossible. Car rencontrer signifiait se contaminer purement et simplement.
Ni liberté ni partage. Ou presque.
Presque : mot faible qui veut dire en littérature quasi. Quasi en prison. Veut dire aussi : une certitude moins quelques poussières. Donc l’incertitude totale.
Est-ce que cela veut dire qu’il fallait ces poussières, c’est-à-dire rien, pour que l’effondrement soit complet, total ; ce qui nécessiterait après, une régénération de l’homme. De l’homme et non du monde qui lui, reste tel quel. On a beaucoup spéculé là-dessus et partout. Toujours est-il que l’effondrement est bien-là et continue avec cette deuxième vague et dans l’attente de la troisième.
Ça finira bien un jour ou l’autre. Un virus ne vit pas que le temps de sa virulence. Mais les conséquences ont été si inattendues et si effroyables au regard des convictions d’avant qu’on a longtemps pris pour éternelles et inébranlables. Des convictions qui sont devenues des évidences !
Pure chimère !
Il y eut l’explosion du processus organisationnel classique et familier, organisé et structuré. Une sorte de destruction de tout ce qui caractérise notre monde actuel : mondialisation, indépendance..
Ainsi, dans la foulée, on a appris que rien n’est parfait.
1-La perfection si longtemps vantée comme objectif à atteindre, comme cible de toute entreprise dans m’importe quel domaine, qu’on a cru fort possible et à la portée de la main moyennant des théories et de l’effort, est entièrement mise à mal, perdant toute assise. Dans le confinement, on tourne en rond, et le mot perfection n’est qu’un mot vague vis-à-vis de la mort collective planant partout.
2-Le triomphe de l’individualité empruntée à l’économique « triomphant” est illusoire. Rien n’est plus dérisoire que cette notion de la réalisation des projets de l’individu par lui-même. Le « je » se trouve du jour au lendemain nécessitant l’aide du « nous » pour s’en sortir. Tout seul, il n’y parviendrait jamais. Seul le collectif symbolisé par l’État peut sauver.
3-La liberté, chèrement acquise, de circuler, de voyager et de vivre « à sa guise » n’était plus possible. Car sortir et partager et risquer de choper le virus mortel est la même chose dans le même espace. Inconcevable, il y a juste quelques mois.
4- L’essentiel d’une vie est plutôt ici et non ailleurs. Dans le boire et le manger, l’assurance assurée des moyens de subsistance. Et non le voyage, le déplacement professionnel, les fréquentations et les réunions.. tant de choses deviennent moins importantes que l’on imaginait. Futiles et inutiles.
5-Et enfin, en plus concret, la suprématie de la science à tout résoudre, à tout soigner s’est avéré comme «grosse illusion ». La science s’est trouvée incapable d’irradier le mal, de contrer la pandémie. La science a pu investir l’espace lointain, l’infiniment grand, qui est certes un « grand pas pour l’humanité » mais n’a pu vaincre un infiniment petit jusqu’à maintenant, malgré l’espoir renaissant d’un vaccin proche.
L’Occident nous a longtemps bercés avec ses outils « invincibles », ses idées avancées comme porteuses du bonheur de l’humain en tout lieu et en tout temps. Un mot majestueux mais omis sans la frénésie du « tout progrès » revient en force : modestie. Elle a freiné l’avancée de l’illusion. La panique générale appelle la modestie, qui est de revoir le tout en tout, en étant soi-même et seul. Pascal qui disait que « le malheur des hommes est de ne pas savoir rester ou demeurer seul en repos dans sa chambre ».
Cet Occident est enfin et suite au cela perçu sous un autre jour, sous un jour différent, moins glorieux. Dans le sud de la planète, ce tiers-monde, ces pays pauvres, l’homme vit la même panique et le même ébranlement. Sauf que cela s’est opéré et s’opère un peu différemment. Il s’y ajoute l’effarement devant la découverte d’un Occident furieux, tâtonnant, indécis, fermé qu’on croyait « immunisé » par ses avancées et sa suprématie!!!






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