L’écrivain et la politique

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Par : M’barek Housni *

 

 

De tout temps, l’écrivain marocain a été de gauche. Encarté ou non, il se réclamait de gauche, le criait haut et fort, adhérait à ses idéaux et suivait la plupart du temps les luttes des partis de gauche connus et reconnus.

Il était rare qu’un écrivain se réclamât de droite. Etre de droite était considéré presque comme une tare dans les milieux correspondants. La notion de gauche/droite n’était pas courante. On parlait plutôt d’écrivains conservateurs et parfois d’écrivains libéraux, qui prônaient des idées conservatrices ou libérales, pour ceux qui sont affiliés aux parties qui ne se réclamaient pas du socialisme ou ceux dont l’idéologie et les programmes politiques avaient la religion comme point de départ et d’arrivée, sensibles aux idées des frères musulmans.

Tous ces partis comptaient des écrivains dans leurs instances organisationnelles. Ils pouvaient parfois accéder à des postes de responsabilité ou êtres élus au parlement. Mais ils ne sont guère légion. L’écrivain était plutôt dans la foule, au milieu des troupes, et la plupart du temps sur les colonnes des journaux que ces parties publiaient. Et c’est d’une contradiction. L’écrivain défendait le programme du parti à coup de textes et d’articles mais atteignait rarement la responsabilité et plus tard des postes étatiques lorsque le Maroen avait entamé l’époque du gouvernement d’alternance avec l’accession du grand militant de gauche Abderrahman Yousfi à la présidence du gouvernement dit d’alternance en 1997. On les compte sur les doigts de la main.

L’écrivain visé dans cet article est celui qui a une relation étroite avec l’imaginaire, et non pas l’intellectuel ou le professeur d’université qu’on a tendance au Maroc à confondre avec l’écrivain, généralement à dessein. Une confusion malencontreuse qui n’a jamais rendu service à la cause de l’écriture littéraire.

L’écrivain dont il s’agit est celui qui écrit dans la sphère de l’imagination : poète, romancier, nouvelliste, dramaturge, critique littéraire et artistique, philosophe chercheur. Tous ceux qui, via leur création, ont influencé des dizaines de milliers de gens pendant des décennies. Ceux qui ont rempli des salles entières lors de manifestations et de meetings afin de faire progresser les idées positives pour que la patrie et la nation prospèrent dans l’égalité des chances et la foi en l’homme marocain.

Et ils étaient presque tous de gauche. Bien sûr l’époque précédente dictait cela en quelque sorte, dans un pays du sud comme le Maroc, parcouru par les idées libérales à tendance réformatrice de tout, l’histoire et la culture, en faveur d’objectifs comme la liberté, la justice, et la dignité humaine, mais colorés par le socialisme ou tout au moins par une version qui donnait la priorité au peuple et non aux gouvernants, malgré tout ce que cela comporte d’idéalisme !

L’écrivain marocain, celui qui ne pourrait qu’être de gauche, s’est replié par la suite sans qu’il le veuille. Il est vrai d’un autre côté que l’écrivain de par la nature de sa « mission » était d’être vrai et sincère, de ne pas user des subterfuges du politicien ni de lui emprunter le principe de la primauté de l’intérêt partisan avant tout abstraction faite parfois de certaines valeurs. L’écrivain ne peut se permettre d’être secret ni attentiste.
Pourtant, ce sont bien les idées des écrivains qui ont porté haut les combats des politiciens de tous bords. Directement ou indirectement. Lorsque les idées « révolutionnaires », trop nues et difficilement applicables voire impossibles dans le contexte marocain caractérisé par une stabilité politique millénaire et forte malgré les soubresauts de l’histoire.

L’exemple indépassable qui n’a pu être imité par la suite est celui de la revue « Souffles » au début des années soixante du siècle dernier. Cette revue avait instauré les idées qui seront reprises par bien des politiciens. Une revue dirigée par des poètes : Mohammed Khair-Eddine, Abdellatif Laabi et El Eostapha Nissabory entre autres.

Bien sûr, la donne a beaucoup changé. Les idées d’avant ne sont plus de mise aujourd’hui, pour l’essentiel. Un autre monde s’est constitué et se reconstitue chaque jour, au Maroc et ailleurs. Mais, l’écrivain aurait aimé être en-avant de la scène par un large soutien à ses livres, à la diffusion large et soutenue de ses œuvres partout et en tous temps…et non pas cette image terne.. Où il paraît ne jouer qu’un rôle très minime.

 

Écrivain et chroniqueur *
Maroc

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