Testament

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Noureddine Cherif Harrak*

 

« Celui que les belliqueux essaims effarouchèrent, dans les ravines du désert, ne goûtera point la saveur du miel et celui que les culbutes insidieuses désarçonnèrent, sur les constellées échelles, n’aura pour subsistance que des déboires ! 
« Plèbe inculte et superstitieuse ! Par quelles secrètes manœuvres faudrait-il délier tes rênes, parmi les effluves de ton croupissement, afin que tes usurpateurs se rétractent, sous l’ombre de leurs voiles, avec ces grimaces des lépreux ? Exilée en toi-même, depuis la nuit des temps, que n’aies-tu d’expédient pour les tartuferies de tes jours, avant que leurs miasmes ne broutent les cactus de ta débâcle, comme des bêtes de somme, sur le sable mouvant de ta réticence ? 
« Que ne sanctifies-tu tes bourreaux, ô légion pharisienne ! sous l’humeur blafarde des lunes, ceux-là mêmes qui t’immolent sur l’autel de quelque comédie divine et foulent ton sang bâtard, avec des ricanements de centaures et des hoquets de caméléons ? Que te faudrait-il, ô race de chacals ! afin que ton destin s’accomplisse et que les oriflammes de l’esprit vivant témoignent de ton excellence, dans ces vastes prairies de l’immaculée gloire, que nulle offense ne saurait ternir ? Ton calvaire de misère ne sera qu’enfer et damnation, tant que leurs couvercles d’airain écraseront ton crâne, tant que leurs chaînes rouilleront à ton cou, tant que leurs lanières lacéreront ton dos d’esclave, sous le concert de tes bénédictions ! 
« Non, frères humains, ombres dont la vie n’est qu’une brindille de paille exposée aux vents, vos lois désuètes, vos principes à l’eau de rose et les obligations surannées de votre morale malsaine ne sauraient m’engager, sur vos retorses voies ! Vous ne serez guère réconfortés par la verdeur de mes dires, lesquels vous apprendront l’art d’entretenir votre silence, par-dessous les gammes de vos méninges érodées, de sorte qu’il puisse prendre à témoin le tumulte de vos égarements. 
« Cruelles et abusives, les élucubrations de votre justice sont aussi puériles que ces statuettes aveugles que vous lui érigez, dans vos grandiloquents palaces, où vos implacables sentences exhument la hargne de vos magnats, au prix du droit de la peur. N’en déplaise à la ribambelle de vos mentors encensés et de vos respectables biens pensants, qui se prélassent dans la moiteur de vos cautions d’estime et de révérence, vos passions sont vulgaires et vos désirs sont à la mesure de vos trous noirs. 
« Vous aurez beau vous barricader derrière le masque de votre pudeur et faire montre de votre bonne conscience, vos subterfuges n’en sont pas moins un gage de votre imposture, devant le spectacle de vos faits accomplis. Vous aurez beau déguiser vos crimes sous le fard de la civilité et saupoudrer vos masques des attraits du rigorisme, sous des allures quelque peu frugales, je ne connais que trop les ficelles de vos détours, le long de votre éthique de marsouin. Vous aurez beau faire œuvre de pénitence, derrière le vide de vos cagoules, sous l’emprise de cette oblique bienséance, qui prend les atours de la constance, je ne saurais trop consentir aux règles de votre jeu, avec son chapelet de duplicité. 
« Fort heureusement, pour l’instruction de ces derniers jours qu’il me reste à vivre parmi vous, je me verrai dans l’obligation de faire usage de ces pléthoriques recommandations, qui sont de rigueur, en pareilles circonstances, à mon corps défendant. Etranger à vos lubies, la conscience tranquille, j’estime devoir vous prévenir, avant qu’il ne soit trop tard, vous qui vous saisirez de ces feuillets, au hasard de ces agglutinations, qui ponctuent vos prosaïques tapages. 
« Si vous estimez être à l’abri de leurs éclaboussures, je vous somme de les laisser croupir sur les étagères, loin de vos regards indiscrets, là où leur destin les fera renaître de leurs cendres, un jour quelconque, peut-être, dans le secret le plus complet. Je vous conseille de rebrousser chemin vers le confort de votre suffisance et de vos belles harmonies, qui ne sauraient trop forcer votre mal de voir, sous l’empire de vos tâtonnements, derrière vos sautes d’humeur, le long de vos illusions perdues.
« N’ayez crainte pour mon salut, ô parcelles de moi-même ! car j’en ai payé les frais, dans les tréfonds des abîmes, afin de pouvoir vous rejoindre, sur ces rivages de l’Esprit, où nous renaîtrons ensemble, dans la parousie des vivants. Que m’importeraient les déboires et les commotions, parmi les dédales d’ici-bas, si j’avais l’éternité pour compagne et si le secret des vraies aurores m’était révélé, dans l’entrain des vieilles dépouilles, emportées par les flots du divin courant ? 
« La sincérité et le courage, par lesquels il est donné à l’homme de se surpasser, ne transforment-ils point les croix en fleurs et les épines en roses de velours, dans ce vaste amphithéâtre des grandes chimères, où les trappes abondent? Je sais que je n’appartiens plus à ce monde, qui me hait et m’importune, et que le seul espoir que j’y puisse nourrir est d’y renaître un jour à la vraie vie, parmi les pauvres en esprit, dans la gloire véridique de quelque bonne nouvelle ! 
« Pour peu que ma mémoire défectueuse puisse me le permettre, je ne vous cacherai aucun détail de ma singulière odyssée et je m’en remettrai pleinement à vos humeurs, afin que vous puissiez en juger de vous-même, en connaissance de cause. Je ne prétendrai guère recouvrir mon dessein d’un halo de mystère, ni vouloir vous entretenir avec une quelconque affabulation, à même de vous distraire, à travers ce jeu perfide des apparences, qui n’est que le revers la faiblesse.
« Ce cri de douleur, c’est avec mon sang que je l’ai aspergé et c’est avec l’horreur du devoir accompli que je vous le livre tout fumant encore, du fond de ma déconfiture, assaisonnée de cisaillements et de raccommodages, à fleur de peau. Et si les effluves de ma chair avaient un certain mérite, ils le devraient au scandale qu’ils susciteraient dans votre cœur de vivant, sans que vous puissiez vous en défaire, sous ces puérils exutoires, qui pérennisent le désarroi de nos bas-fonds. 
« Quoiqu’il en soit, vos ardeurs belliqueuses, ces pétulantes frondaisons de vos désirs, ne sauraient faire le poids, car j’ai semé l’audace et la désinvolture, sur vos chemins de traverse, ne serait-ce que pour me faire plaisir, à vos dépends ! 
« A moins que vous ne soyez durs d’oreille, frères humains, pour quelque déplorable anomalie, qui relèverait de notre simiesque tournure, vous l’entendrez sourdre du fond de votre déroute, cette giclée langoureuse et réfractaire ! Tapie dans l’épais brouillard de cette torpeur lâche et convulsive, dont votre arrogance sait si bien se recouvrir, elle suinte le long de votre gangue, au rythme de vos pulsations, afin d’en arroser les semences, sous d’invraisemblables augures. 
« Si jamais votre discernement est encore d’usage, au sein de vos spectrales fioritures, vous le ressentirez, ce magnanime cours, pétulant et vif, comme l’éclair, dans son cheminement implacable, vers les sources primordiales. Lorsque les temps seront venus, vous n’en serez que plus fertiles, les essentielles ressources de cette probatoire coulée de sève ayant fécondé les germes de votre identité propre, dont la trame est signe de ralliement, sur d’invisibles textures. Le destin de la lumière n’est-il pas d’éclater au grand jour, afin que cette autre frange de l’arrière-cour, transie par la glaise de son périodique séjour, prenne le relais de cette étoffe de la vie, où sa graine était infuse, dans la pureté de son aurore ? 
« Frères humains ! Vous voilà au vent de l’impénitente guéguerre d’un serf parmi les déshérités, dans des circonstances quelque peu étranges, juste effet d’une juste cause, où la lueur des étoiles me servait de guide, sous le ciel des vivants. Que ma faiblesse vous apaise ! Que ma perfidie vous console ! Que ma lâcheté vous enchante ! Que mon chagrin vous illumine ! Que le fardeau de vos malheurs se décharge sur mes épaules, comme des pétales flétris, au contact du frais sol ! 
« Néanmoins, priez pour le repos de ma sépulture, ô sarcophages de vos propres champs ! car j’ai commis les pires exactions et le fiel de mes odieux crimes, qui retentissent dans les ténèbres de mes caves, remplirait volontiers mille tombeaux ! J’aurai besoin de votre aide et de votre compassion, car le jour ne se lève que sur les vivants et la pluie qui crève les nuages ne saurait nourrir ces déserts, où rampent, parmi les rocailles, les vipères de l’antique jardin. 
« J’aurais beau émailler ma peine des artifices de la félicité et feindre me prélasser dans quelques réjouissances, cette coordination d’humeur, à laquelle je m’étais souvent astreint, ne saurait trop m’épargner l’aigreur de ma finitude. Ces règles de suffisance, dont je m’étais sottement abreuvé, en vue de sauvegarder les ressorts de quelque futile parade, dont mes désirs portent l’étendard, ne sauraient plus ornementer le char de mes misères, sous le poids des hasardeuses tournures. A plus forte raison, cette espèce de somnolence et de fausseté, à laquelle me conviait la cohorte de ces pairs, assoiffés des vains prestiges, ne saurait plus réduire au silence les remous de mon naufrage, dans la tornade de mes délires.
« Mon pain est amer et les éclats de mes jours sont plus ternes que ces grenades délétères, qui s’affalent, de leurs coques débiles, sur le gravier de ces nappes torrentielles, que fouettent, du fond des cratères, les spasmes des longitudes. Qu’il est étrange ce volatile fils de la peur, qui gesticule, les yeux rivés sur ces néfastes accessoires, où viennent s’inscrire, en lettres d’or, avec cette inanité des épitaphes, que rongent les lucioles, toutes les imprécations du monde ! Dussé-je me faire le héraut de ce malhabile débardeur, qui fouillait sa besace, parmi les immondices des quais, troquant les émeraudes des étendues bleutées, contre les coquillages des sables mouvants, sur le registre de sa pitance ?
« Etrange villégiature que cette vie, où vos moindres transports s’évaporent, comme la fumée des autels, parmi des péripéties fantasques, dont il vous faudrait découvrir l’intrigue, au sein d’éreintants rebondissements ! Ce qu’il faut peu de chose pour que son feuilleton se décline, sous quelque déplorable souscription, après que le recueil de vos labeurs se soit couronné d’escomptes et que le tendon de vos spirales se soit réduit en miettes !
« Tant que vous y tenez ferme, avec cette propension aux légèretés, dont vos minauderies foisonnent, elle vous semble de bonne compagnie, pareille à quelque songe, où la chance est votre maîtresse, sous le cortège de vos applaudissements ! Mais, sitôt que l’aveugle machinerie de l’inexorable système des choses vous rappelle à l’ordre de ses lois implacables, vos superficielles escalades y prennent des allures de cavalcades, pour des raisons de mises à jour, afin que le jeu continue ! 
« De longues années durant, sous le couvert de ce souffreteux vagabondage, qui me tiraillait aux quatre vents, je me démenais impunément derrière mon masque, errant sur ces sentiers du monde, qui m’assommaient de leurs coups de boutoir. La fougue de la chair aiguisait mes vices et l’impétuosité de ma trépidante jeunesse, attisée par l’élan de cette insouciance, qui vous fait rêver des plus folles prouesses, exacerbait ma débauche avec une frénésie, que n’égalait que ma luxure. 
« Sans pareil, l’avidité de mes sens, qu’exaspérait ma porosité bohémienne, grossissait les gouffres de ma défaillance et me dépouillait de toute pudeur, sous l’œil cynique et aguicheur de la veulerie commune. Parce que j’avais perdu la foi, dans le commerce de ces infantilisantes péroraisons, que m’inculquèrent ces magistères de la scolastique outrancière, j’avais attenté à mes tristes jours, avec cette déchéance des condamnés à mort. Ma stérile existence, qui n’avait plus de sens, dans l’ordre des choses, vaquait au gré de ces vagues expressions de quelque improbable utilité mondaine, dont l’ébauche me semblait douteuse, aussi souvent que j’en essuyais les cercles vicieux. 
« Aurais-je assez de vaillance pour dénouer les ficelles de ce cordon substantiel, qui m’enchaîne aux fantômes de l’originelle méprise, et assez de fermeté pour dompter les tempêtes de ces difformes labyrinthes, où mes jours sont comptés ? Aurais-je assez d’outrecuidance pour prévenir le stratagème de ces perfides doublures, qui se sustentent de ma léthargie, et assez de pugnacité pour circonscrire le faux-semblant de ces hideuses mascarades, qui peuplent mon aire dévastée ?
« Que le Seigneur, en sa bonté infinie, me pardonne mes péchés et que son indulgence soit le témoignage de mon impertinence, parmi les bourbiers de ce monde, jalonnés de cercles insidieux, où je déambule comme un fantôme ! J’ose espérer qu’il daigne accroître le cours de mes jours de l’éclat subtil de ses lumières, qui en décupleront les subsides, afin que je puisse me défaire de cette espèce d’insolence, où mon humeur se complaît, et me rendre digne de sa clémence.
« Je ne saurais camoufler mes tourments sous les attraits de la sagesse, ni prétendre m’accommoder de mes vicissitudes, car le voyage est long et périlleux sont ses détours, sur ces aléatoires itinéraires, qui mèneraient à bon port. Pour peu que la gaucherie de mes dires ou de mes agissements trahisse le désarroi de mon cœur, je m’estimerais heureux si le temps, qui est ma seule richesse, me délivre la clef de ses trésors, dans cette prévarication des mortels. Maintenant que ma peau s’est ridée, que mon dos s’est courbé, que mes cheveux ont perdu de leur éclat, je ne puis que me soumettre au juste courroux et qu’espérer qu’il m’agrée de son repos éternel, dans le royaume des cieux ! 
« Que ne puis-je, parmi la poussière et les ombres, me saisir de cette urne céleste, où je me rassasierai enfin de ma rétribution ultime, loin de ces fanfaronnades des marchands de promesses, qui servent d’alibi pour toutes les bassesses ? Que n’ai-je des ailes pour m’enivrer de la grâce qui y coule à flot, du haut de ces avalanches des sempiternels arcanes, qui élucideront les rouages de ces déperditions, qui me terrassent de plus belle, au gré d’imprenables confusions ? 
« Existerait-elle quelque part, cette vérité absolue, cette cause première de tous les phénomènes, cette essence de toutes les significations, cette perle rare que je recherche avec tant d’ardeur et vers laquelle j’aspire de tous mes vœux ? Redoutable guide, qui m’interpelle du fond de l’abîme, montre-moi la voie et je me plierai à tes quatre volontés, afin que tes vigilantes lueurs éclaircissent mon crépuscule et que le phare de ta dignité propre soit le guide de ma fragile boussole ! Quoique mes ressources soient passibles d’usure, dans ce combat de colosses, qui nous sépare, je ne puis que te faire part de ces abominables tergiversations, où je payais les frais de l’avanie des hommes, du temps où je répudiais tes avances.
« Que ton souffle apaise ma douleur et que l’éclat de ta magnificence soit le baume de mes plaies, parmi les ronces de ces appétences, qui m’éclaboussent de leur fournaise, tout au long de cette gageure des éternels calvaires ! Que tes larmes soient le gage de ma rédemption et que ton inaltérable sérénité, que mes gesticulations ne sauraient distraire, affermisse l’élan de ma quintessence, vers cette pérennité suprême, où j’aurai la certitude de comprendre ! 
« Ce que j’ai hâte de plier bagages de ces contrées arides, où ma flamme se consume, parmi les vastes carrefours, sans qu’elle puisse trouver de quoi se nourrir, sous ces torrents de stupeur, auxquels mon cœur ne saurait souscrire ! Toi qui me dénommes, derrière le voile de ces pantins, qui n’abusent que trop de ta diligence, l’écho de ta voix est plus doux qu’une sérénade et plus sobre que le cliquetis des pendules, sur les berges de mon éphéméride lunaire ! Face à ton soleil, dont ils ne sauraient percer l’opulence, les retors et impénitents griefs que cette kyrielle de félons rapporte sur ton compte, ne sont que des chants de sirènes, que l’on prendrait volontiers pour des semonces de vigiles. 
« Par quelle autre appellation pourrai-je te désigner, ô rosée des lotus, détour des amants, enflure des parias, zébrures des escarcelles, si le dur métier de vivre ne m’avait gratifié que de l’emblème de ces parures, sur mon tableau de médailles ? S’il en est une autre qui soit plus conforme à tes souhaits, je serai prêt à en faire usage, ne serait-ce que pour te donner une forme, dans ma frétillante matière, avant que les tourbillons de la chair ne s’en emparent, avec des prospectives de commères. 
« Pour autant que les stigmates de cette autre naissance me tiennent à l’affût de ton secours intangible, je m’en remettrai pleinement entre tes mains, afin que tu m’accordes la clairvoyance de cette béatitude, où se consume notre ascension. Avec une ferveur d’aplomb, je t’inventerai une icône, dans l’azur de ma dépouille, afin que tu puisses me reconnaître, sans que la fureur de cette cohorte de démons, qui en sillonnent les veines, n’ait le moindre empire sur tes divines instructions. 
« Saurait-on réfréner l’exaltation d’un fiancé débonnaire, qui se défait de toutes les frivolités, dans les armoires de quelque souterraine remise, afin de rejoindre les douceurs de la chambre nuptiale, sans que rien au monde ne l’en prédispose ? Que serait-elle la méconnaissance de cet invité d’honneur, sur les enjeux de son véridique temple, si ces prestigieux insignes, qui lui reviennent à propos, n’étaient les dépositaires de ces coffres-forts, qui l’animent vers les pôles de la réalisation ? Assoiffé de cette inébranlable quiétude, qui dépasse tout entendement, ne partirait-il point à la rescousse de ces amoncellements de souvenirs, qui jalonnèrent ses périodiques séjours, tant que le cycle n’est pas arrivé à son terme ? 
« Désormais, ô fleur des ombres ! aussi longtemps que les orages de l’humaine condition tirailleront mon radeau de fortune, je m’abriterai dans ta rade fraternelle, afin que ton gouvernail adoucisse mon tangage, sur la houle de l’inconstance ! Je m’agripperai à ton roc invincible, avec tout l’entrain de mon allégresse, afin que tes soubassements pétrissent, de leur puissance, la fresque de notre ineffable baptême, dans les profondeurs de ma toile, avec cette joie des retrouvailles.
« Je me plongerai dans l’éther de tes cascades sublimes, qui purifieront les hardes de ma dartreuse mémoire et lui apprendront que le deuil est une exigence et que la mort n’est qu’une sclérose, qu’il convient d’honorer, au cœur des épreuves ! Un jour de fête nous serait-il indifférent, sur cet héroïque champ de bataille, où les bras de tes transcendantales phalanges, éprises des véridiques mêlées, me couronneront de ces lauriers de ma filiation céleste, dans les galeries de l’esprit du monde ? 
« Que de fois, sous l’égide de ces débroussaillages, que m’enjoignaient tes aphorismes, m’étais-je fié à cette cartographie de mes atours, afin d’imprimer un ferme coup de barre à cette nacelle désemparée, qui partait à la dérive ! Sans trop me soucier des capricieuses occurrences, j’en saisissais opiniâtrement les commandes, raffermissant les cordages et consolidant les assises de ces bastingages, où maints émoluments reposent, avec ce fouet de la volonté. 
« Sous l’emprise de ton éminente lucidité, qui jure avec mon inconscience, je pus enfin m’enquérir de la déplorable configuration de cette litigieuse charpente, dont l’issue, sujette à toutes les coupures, se travestissait au hasard des morcellements. Sur ces entrefaites, d’une posture délibérée, pareil à ces vieux marins, que sollicitent les vents du large, je répugnais ces flaques éphémères, auxquels mon ignorance se devait de souscrire, par crainte que le ciel ne me tombât sur la tête. 
« A maintes reprises, aussi souvent que tes poinçons m’aiguillonnaient, j’émergeais de ces portions d’eaux troubles, qui recouvraient mes parcelles d’éclaircies, afin de rejoindre ces verdoyants estuaires, qui débouchent sur mon océan propre. Parfois, j’entrevoyais ma demeure, là-bas, qui brûle, quelque part, sur les rivages d’un fleuve sacré, pareille à quelque étincelle, parmi de frémissants bûchers, qui s’élèvent, de leurs propres ailes, vers un immuable foyer. De loin, quelque rocambolesque buisson ardent m’en semblait l’ultime avatar, au milieu d’une ronde sibylline, dont je n’avais cesse de pâtir, au cours de ces interminables plongées, dans les flammes de ma terrible soif.
« Je compris, dès lors, que la folie est un feu sacré attisé dans l’esprit par une brise où le destin jongle avec l’indicible, un feu où l’on peut se brûler les ailes, comme il advient à ces papillons, qui s’approcheraient trop de quelque flamme nocturne. Si utiles soient-ils dans l’œuvre de la nature, dans le règne des ordres superposés, à travers l’impétuosité des vers et des cocons, une lueur si douce les aveugle et les dévore, dans ce nerf de la vie, où tout est consumé, avec une impassible froideur. Et si ces fragiles créatures, ces fleurons des mystérieuses chrysalides, paient de leur vie leur témérité, c’est que leur mort tragique est le prix à payer, pour que subsiste le mystère, dans le miroitement des incandescents mirages, à ciel ouvert. Par prévenance de la chaotique traversée, parmi les dédales de ce royaume des ombres, dont l’endurance est le fil d’Ariane, une source commune éclaire ces vérités de l’homme, qui éclosent et se répandent, sur les écueils de l’adversité… 
« Les lumières de l’âme, dépositaires de l’essence immortelle, guident nos pas sur les voies de l’éternité et les éclairs de nos lointaines réminiscences, inéluctables reliquats de nos élévations sapientiales, jalonnent notre quête vers l’absolu. » 

 

* Ecrivain


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