italiatelegraph.com: Le Maroc célèbre, le 64e anniversaire de l’indépendance.

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Alexandre AublancHuffPost Maroc

COMMÉMORATION – À quoi pense André Dubois quand il attend, en cette fin de matinée du 16 novembre 1955, sur le tarmac de l’aérodrome militaire de Rabat-Salé, l’avion qui ramène Sidi Mohammed Ben Youssef? À la fin d’une époque? Au début d’une nouvelle ère? À la certitude, pressentie dès sa nomination et incarnée dans le retour du souverain, qu’il sera bien le dernier résident général, la figuration définitive de la réponse apportée par la France à la “question marocaine”? Sans doute son esprit navigue-t-il entre ces trois impressions, qui se valent toutes en cet instant. Et c’est certainement soulagé qu’il déclarera devant le futur roi, ce même jour à 17 heures, que “la volonté du gouvernement français est de conduire le Maroc au statut d’État indépendant.”

En attendant, Dubois est à son poste. Nommé le 3 novembre, il est arrivé à Rabat il y a quatre jours avec comme mission première d’accueillir le sultan. Il s’investit complètement dans cette tâche et en suit tous les préparatifs. Dans l’après-midi du 13 novembre, il a inspecté une partie de la voie qu’empruntera le cortège. Un journaliste l’accompagne. “La route est jalonnée de mâts, de drapeaux français et chérifiens, d’oriflammes, d’écussons rouges portant l’étoile verte.” Partout dans la ville, des banderoles et des portraits de Ben Youssef. Comme sur le pont qui surplombe le Bouregreg, plusieurs arcs de triomphe, recouverts d’étoffes aux couleurs du drapeau marocain ou de branches de palmier, sont en construction. Tout au long du chantier, des promeneurs “français et marocains” sont massés. La ville entière semble être dans la répétition générale du moment précis où Mohammed V posera le pied sur le sol de son pays, après plus de 800 jours d’exil. La nuit précédant le retour du souverain, des “milliers de feux” sont allumés le long de la route qui mène au terrain d’aviation.

Retour triomphal de Mohammed V

Escorté par une escadrille de chasseurs, le Douglas DC-6 en provenance de Paris atterrit à 11 heures 25. Aux côtés de Dubois, une délégation réunit les quatre gardiens du trône, le président du conseil, Fatmi Benslimane, Ghislain Clauzel, ministre plénipotentiaire et conseiller du sultan, le pacha de Rabat, le premier khalifa du pacha de Salé et un représentant du khalifa de Tétouan. Derrière eux, une foule de cinq cents personnes mêle des représentants de tout le royaume: autorités, partis politiques, syndicats, anciens combattants, et près de trois cents correspondants et envoyés spéciaux. Le Monde raconte: “Lorsque la porte de l’appareil fut ouverte, la foule, jusque-là bruyante, devint silencieuse tandis que montait au-delà du terrain, un peu assourdie par la distance, une clameur de joie, qui gagnait de loin en loin et s’étendait jusqu’à la ville, annonçant la prodigieuse ovation populaire qui allait saluer Mohammed V tout au long du parcours qu’emprunterait le cortège. La passerelle avancée, Si Mammeri, chef du protocole, descendit de l’avion et alla au-devant du résident général, qu’il mena auprès du souverain resté dans l’appareil. À 11 heures 42, Sidi Mohammed Ben Youssef apparaissait. Une acclamation s’éleva. Des jeunes filles, rompant les barrages, se précipitèrent pour joncher de fleurs le sol qu’allaient fouler les premiers pas du sultan.”

Le service d’ordre est rapidement submergé par la population venue ovationnée un souverain dont la légitimité, depuis que sa restauration sur le trône a été approuvée le 6 novembre par l’Assemblée Nationale, est totale. Bien qu’il ait prévu des manifestations de grande ampleur, Dubois semble dépassé. Les images de la télévision française le montrent les mains levées, tentant de calmer la foule avec le sourire crispé de celui qui ne maîtrise plus rien. Une fois sur la route, le cortège avance au rythme des offrandes de lait et de dattes. Contenues par des hommes de l’Istiqlal, du Parti démocratique de l’indépendance et de l’Union marocaine du travail, des centaines de milliers de personnes, “600 000 peut-être” selon la résidence, sont postées le long des quelque 10 km qui séparent l’aérodrome du palais. Quand il vient saluer la foule dans l’enceinte du méchouar, du haut d’une estrade couverte et drapée de rouge, Ben Youssef fait face à cinquante mille personnes. Le soir même, il confie à Dubois: “Cette journée est la plus belle de ma vie.”

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