La langue arabe : De l’officialité constitutionnelle à la fragilité de la pratique

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Anka idrissi mokhtar

 

 

 

Avant-propos : Entre les dispositions de l’article 5 de la Constitution du Royaume et les réalités vécues à l’école, dans l’administration et au sein de l’espace public, se creuse un fossé silencieux. La langue arabe y apparaît comme une langue protégée par la loi, mais fragile dans l’usage. À travers cet arrêt sur image, je propose une lecture réflexive et juridique sereine sur l’état de la langue d’Al-Dhad au Maroc, questionnant les limites de la loyauté constitutionnelle et l’efficacité des politiques linguistiques actuelles, loin de tout discours de consommation, et au plus près des enjeux de la dignité linguistique quotidienne.

En cette Journée mondiale de la langue arabe, je ne me sens pas poussé à la célébration, mais plutôt invité à l’interrogation. Une question calme et profonde : 【 Que reste-t-il de l’arabe, lorsqu’elle est proclamée officielle dans le texte juridique suprême de l’État, pour se voir ensuite vidée de sa substance dans les détails de notre vie quotidienne ? 】

1. La référence constitutionnelle : Clarté du texte et ambiguïté de l’action

L’article 5 de la Constitution du Royaume dispose clairement que : 【 La langue arabe demeure la langue officielle de l’État. L’État œuvre à sa protection, à son développement et à la promotion de son utilisation 】, aux côtés de l’amazighe. Il s’agit d’une formulation explicite et contraignante qui dépasse la simple reconnaissance symbolique. Elle incombe à l’État et à ses institutions le devoir de protection et de promotion. Ce n’est donc pas une formule descriptive, mais un engagement constitutionnel censé fonder des politiques linguistiques justes. Cependant, l’observation du quotidien révèle une fracture douloureuse : la langue officielle semble confinée aux préambules et absente des politiques publiques concrètes.

2. Entre légitimité juridique et fragilité sociale

En tant que citoyen et éducateur, je note que la langue arabe est omniprésente dans les textes officiels, mais en net recul dans l’espace public, l’administration, l’économie, la publicité et les secteurs clés de l’enseignement. Elle est évincée au profit d’autres langues, comme si l’officialité constitutionnelle n’exigeait pas nécessairement un respect pratique. Pourtant, l’arabe n’est pas qu’une langue d’identité ; c’est une langue de pensée. Comme le soulignait Al-Farabi : [La langue est l’instrument de la pensée ; si l’instrument se corrompt, ce qu’il façonne se corrompt également]. L’exclure des domaines de la science et de la technique altère la structure profonde de la réflexion collective. Abdallah Laroui a également averti que [La langue n’est pas seulement un outil de communication, mais un instrument de pouvoir et un critère d’intégration sociale]. Lorsqu’elle perd sa dimension fonctionnelle, elle devient une identité symbolique dépourvue de compétence sociale.

3. La langue scolaire et la question de la loyauté constitutionnelle

À l’école, où l’avenir linguistique de la nation devrait être préservé, l’arabe est souvent enseigné comme une “matière” et non comme une langue de création et de recherche. Taha Hussein résumait ce dilemme : [Notre langue n’est pas incapable de suivre son époque, l’incapacité réside dans les méthodes de son enseignement]. Pour Abdellader Fassi Fehri, l’arabe est [menacé dans sa survie… car il ne bénéficie plus de l’acclimatation adéquate]. Elle est marginalisée dès le préscolaire par la domination de la “Darija” et des langues étrangères. Comment activer l’article 5 si nous ne faisons pas de l’arabe une langue vivante capable d’embrasser la critique et l’imaginaire ?

4. Le dualisme linguistique : Pluralité légitime ou hiérarchie silencieuse ?

Le multilinguisme est une richesse, mais le danger survient lorsqu’il se transforme en hiérarchie sociale tacite, où l’arabe est lié à l’identité seule, tandis que les autres langues sont liées à l’ascension sociale. Malek Bennabi prévenait : [Une langue qui n’est pas utilisée dans la production scientifique se transforme en folklore]. La priorité est donc de restaurer la confiance en cette langue en améliorant son environnement politique, économique et juridique.

5. De l’officialité du texte à la dignité de l’usage

La survie de l’arabe nécessite un sursaut global :

  • Préserver le respect de la langue à travers les générations, dès l’éducation familiale.

  • Renforcer la volonté de résister à la dépendance linguistique.

  • Investir les espaces médiatiques, culturels et législatifs.

  • Établir une référence scientifique solide en linguistique arabe.

Conclusion réflexive : En célébrant cette journée mondiale, je ne demande pas si l’arabe peut survivre, mais je demande : sommes-nous fidèles à la Constitution ? Une langue ne s’affaiblit pas soudainement ; elle s’épuise quand elle ne trouve personne pour la protéger par l’action. L’arabe mérite d’être, indissociablement, la langue de la Constitution et la langue de la vie.

Comme le disait Mahmoud Darwich : 【 Je suis ma langue. Je suis ce que les mots ont dit. (…) Que ma langue triomphe du temps, Elle est mon miracle… ma première identité Et mon métal poli. 】

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