Yassine Loghmari a investi toute son énergie créative et son expérience romanesque dans Les Filles de l’Âme tourmentée
Taleb Imran Al-Maamouri
Le roman, par rapport aux autres genres littéraires, se distingue par sa construction narrative qui englobe l’histoire elle-même, plaçant ainsi le lecteur entre deux idéologies : celle de l’écrivain et celle de la réalité avec toutes ses dimensions politiques, sociales et économiques, lesquelles constituent la conscience collective de la société.
La réalité romanesque exprime généralement un rejet de la réalité. Ce rejet s’accomplit par la création de mondes imaginaires alternatifs ou parallèles, mais jamais dans le sens d’une rupture totale entre le monde du roman et celui de la réalité. C’est ce que le lecteur peut percevoir dans le roman Les Filles de l’Âme tourmentée, publié par les Éditions Abjad de traduction et distribution en 2024.
Dès le seuil du titre, première porte d’entrée vers l’univers du texte, le lecteur est invité à en découvrir l’essence. Ce titre agit comme une annonce, un signe avant-coureur qui façonne l’impression initiale d’un roman d’exploration psychologique. Bien que les premiers indices soient imaginaires, ils s’enracinent dans une réalité palpable à travers les événements décrits :
« Ce roman est une pure fiction. Si certaines figures rappellent des personnages réels, ce n’est nullement intentionnel de la part de l’auteur. »
En m’attardant sur les paratextes du roman, il est évident que leur rôle est essentiel pour éveiller la curiosité du lecteur et stimuler son envie de lecture. La couverture, d’inspiration surréaliste, en est un exemple frappant : le titre y trône en lettres rouges et audacieuses, sous forme de signes iconiques ouverts à l’interprétation, conférant au visuel une fonction narrative propre aux arts plastiques. Des visages cubistes aux yeux écarquillés et aux bouches béantes, exprimant la peur et l’effroi, captent immédiatement le regard et révèlent les dimensions psychologiques que le titre sous-entend.
La narration s’ouvre avec une voix omnisciente qui porte l’entière architecture du récit, introduisant personnages et événements, et reliant le temps à l’espace afin de faire évoluer l’histoire du simple niveau narratif vers un véritable discours romanesque. Dès le début, l’atmosphère automnale, changeante et tourmentée, épouse l’état psychologique des personnages :
« Le soleil était sur le point de disparaître. Le froid était à son comble. C’était un automne en colère, traversé de bouleversements et de métamorphoses… »
Le Grand romancier Yassine Loghmari confère ainsi au roman une forme nouvelle, dépassant les limites de la narration traditionnelle et brouillant les frontières entre les genres, dans une démarche expérimentale caractéristique de la création romanesque contemporaine.
Intertextualité
Le Grand romancier Yassine Loghmari mobilise des procédés stylistiques tels que l’intertextualité et le décalage poétique. Tous les chapitres s’ouvrent sur des références empruntées à la littérature, à la philosophie, à l’art et à la psychanalyse : Platon, Freud, Russell Brand, Friedrich Nietzsche, Woody Allen, Constantin Georgiou, Sylvia Plath, Ahlam Mosteghanemi, Victor Hugo, Simone de Beauvoir, Mikhaïl Chichkine, Alan Moore, entre autres.
L’intertextualité se révèle également à travers des expressions psychologiquement chargées:
« J’aimerais pouvoir vomir mon cœur » (Simone de Beauvoir)
« Ciel de la mémoire assombri par le tumulte… ce cerveau, alourdi par les idées, les médicaments, les souvenirs, les fissures… » (p.112)
Des personnages en crise
Le Grand romancier Yassine Loghmari pénètre en profondeur l’univers intérieur et extérieur de ses personnages, explorant leur dimension physique, psychologique et sociale. Les personnages deviennent ainsi le moteur du récit, autour duquel s’articulent la narration et le développement des événements :
« Un soir de novembre, Nadim attendait un taxi, le cœur lourd. Il se demanda : Qui suis-je ? Pour qui suis-je ? À quoi rime tout cela ? Jusqu’à quel point me sens-je perdu ? » (p.6)
À travers le monologue intérieur, le rêve et le flux de conscience, l’auteur dépeint la société et les mécanismes de la peur politique :
« Les appareils de l’État surveillent les citoyens, n’hésitant jamais à les terroriser. » (p.168)
Les descriptions atteignent parfois un sommet d’intensité :
« La créature aux bras de pieuvre s’empara de lui, redoutant qu’il ne s’échappe de cette ville… » (p.103)
Symbolisme et imaginaire
Le roman regorge d’images fortes et de métaphores audacieuses. L’auteur convoque même la figure mythique du Bogeyman :
« Le monstre secouait la porte, griffant le bois, ses yeux parcourant l’appartement… » (p.169)
Les personnages féminins subissent également des violences physiques et psychologiques et sexuelles, dénoncées avec force dans le récit :
« Les yeux de Nour s’écarquillèrent… elle affrontait la brutalité, prise au piège dans une lutte inégale… » (p.195)
Conclusion
En somme, le Grand romancier Yassine Loghmari investit toute son énergie créative et son expérience romanesque pour faire de Les Filles de l’Âme une œuvre singulière, portée par une narration active et une recherche esthétique marquée.






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