La Caravane de la Résilience comme modèle de retrait du sens de l’action arabe

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 par Abdellah Mechnoune

 

 

Une revue sans impact :
La Caravane de la Résilience comme modèle de retrait du sens de l’action arabe
Dans le contexte de l’escalade sanglante continue à Gaza, une nouvelle vague d’initiatives symboliques a refait surface – notamment celle appelée « Caravane de la Résilience », une initiative populaire qui a porté le slogan « marcher vers les frontières et ne pas fuir le jour de la marche ». Cette tentative visait à raviver la symbolique de la solidarité arabe avec la cause palestinienne. Cependant, au lieu de produire un impact concret, elle a ramené à l’avant-plan une question fondamentale : les mobilisations symboliques ont-elles encore la capacité d’influencer les équilibres réels, ou bien sont-elles devenues des rituels spectaculaires détachés des conditions de l’action politique efficace ?
Du souhait à la déconnexion avec la réalité
La « Caravane de la Résilience » incarne un modèle que l’on pourrait qualifier de « pensée souhaitante illusoire », où une volonté collective symbolique est projetée sur une réalité nécessitant des outils plus complexes et des approches plus graduelles. Croire qu’il est possible de libérer Jérusalem ou de briser le blocus de Gaza simplement en organisant une marche populaire vers les frontières – sans prendre en compte l’équilibre des forces ou les contextes géopolitiques – reflète un dysfonctionnement dans le mode de pensée dominant, qui mise sur le « miracle » plutôt que sur une vision réaliste et réfléchie.
Ce constat soulève des questions cruciales : pourquoi ce type d’action perdure-t-il malgré son inefficacité ? Qu’est-ce qui continue à alimenter son attrait symbolique ? Est-il devenu un mécanisme psychologique de compensation face à l’absence d’une action stratégique réelle ?

Une action sans substance : quand la solidarité devient spectacle
Il est frappant de constater que la majorité de ces initiatives – y compris les caravanes de soutien symboliques – s’appuient sur un discours de solidarité, mais arrivent les mains vides, sans même les formes les plus élémentaires d’aide matérielle ou technique. Contrairement à des traditions de solidarité bien établies, comme celles du Maroc où les caravanes populaires alliaient symbolique et assistance concrète (dons alimentaires, médicaments…), certains mouvements actuels semblent se réduire à une posture visuelle, sans effet tangible.
Cela pose une problématique majeure : une posture symbolique suffit-elle à défendre une cause de l’envergure de Gaza ? Ou bien ce type de solidarité est-il devenu un refuge pour éviter les vraies questions de l’action concrète ? Et quel impact réel peut avoir une initiative symbolique non accompagnée d’une stratégie diplomatique ou humanitaire cohérente ?
La position arabe : double discours et contradiction stratégique
Les réactions arabes face à l’agression contre Gaza ces derniers mois révèlent une contradiction structurelle manifeste. D’un côté, certains pays (comme la Tunisie, l’Algérie, le Qatar) adoptent un discours mobilisateur et émotionnel, misant sur la ferveur populaire sans disposer de véritables leviers d’action. De l’autre, les stratégies opérationnelles capables d’influencer le blocus ou de soutenir concrètement les Palestiniens font défaut.
Cette contradiction soulève une question de fond : jusqu’à quel point ces mobilisations servent-elles réellement la cause palestinienne ? Ne participent-elles pas plutôt à une logique de “décompression symbolique”, offrant un exutoire émotionnel aux peuples tout en épargnant aux acteurs officiels des revendications concrètes ? Sommes-nous à un moment où il faut repenser nos outils de solidarité au lieu de continuer à reproduire des méthodes dépassées ?
Vers un modèle alternatif : le rôle possible du Maroc
Face à ce vide opérationnel, le Maroc émerge comme un acteur capable de proposer un modèle de solidarité différent, fondé sur un équilibre entre action symbolique et soutien concret. La présidence marocaine du Comité d’Al-Qods, ainsi que son lien historique avec la cause palestinienne, lui confèrent une double légitimité : symbolique et diplomatique. De plus, le Maroc a accumulé des outils diplomatiques et humanitaires qui lui permettent de s’engager dans des initiatives réelles, au-delà du spectaculaire, en envoyant des aides sur le terrain et en activant des canaux de médiation discrets.
La question essentielle ici est la suivante : le Maroc peut-il transformer son soft power en un mécanisme systématique d’influence sur la question palestinienne, au-delà des clivages idéologiques ? Peut-il produire un discours de solidarité renouvelé, qui équilibre légitimité symbolique et efficacité opérationnelle ?
Déclin du discours de la “résistance” : des slogans à la crise narrative
À l’opposé de cet horizon possible, l’axe traditionnel de la “résistance” historiquement formé autour de la pensée nassérienne et nationaliste populiste, et marqué par une hostilité structurelle envers les régimes monarchiques – subit aujourd’hui des revers répétés. Les mutations régionales ont mis en évidence les limites de ce projet, tant sur le plan du discours que des outils. L’absence d’alternatives concrètes et efficaces, et le repli de la pensée nationaliste sur ses anciens slogans, ont conduit à une crise narrative profonde, le rendant incapable de répondre à la complexité actuelle.
Ce constat renforce la nécessité de construire un nouveau paradigme de solidarité, non fondé sur l’intensité de l’hostilité ou le vacarme médiatique, mais sur la capacité à produire des effets réels, qu’ils soient humanitaires, diplomatiques ou juridiques.
Au-delà de la mise en scène : redéfinir la solidarité
En définitive, ce qui s’obtient par la sagesse et l’accumulation politique ne peut être réduit à des initiatives spectaculaires ou à des slogans éphémères. La véritable solidarité doit s’interroger sur elle-même, redéfinir ses conditions, ses outils et son horizon d’attente. Aucune caravane – qu’elle soit symbolique ou concrète – ne peut avoir d’impact réel si elle n’est pas intégrée à une vision stratégique, ancrée dans le réel et ses dynamiques, conciliant passion et rationalité, émotion et action.
C’est pourquoi la redéfinition de la solidarité arabe avec Gaza commence par une rupture avec la “mentalité du spectacle”, et par un passage vers une action rationnelle, cumulative, génératrice d’un effet, même modeste, mais réel et durable.

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