Deux Visions antinomiques de la Liberté : caprices et passions de l’âme en Occident et Volonté Divine Soufie

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Dr.Rachid Hamimaz

 

 

 

On peut dire que la conception de la liberté en Occident se résume en une seule phrase : « je fais ce que je veux » ou « je suis libre de faire ce que je veux ». Bien que cette vision de la liberté inclut également des principes fondamentaux tels que les droits individuels, l’autonomie personnelle, et la protection contre les abus de pouvoir, l’idée de la liberté individuelle s’étend par exemple au choix de son sexe, de sa sexualité, et de ce que l’on veut faire de son corps, etc. Cette conception a été codifiée dans le droit, empêchant quiconque de contester ce choix. Au Canada, par exemple, des sanctions pénales sont prévues, et dans les écoles, il est exigé des parents de ne pas décider du sexe de leur enfant jusqu’à ce que celui-ci atteigne un certain âge pour décider lui-même s’il veut choisir d’être un homme ou une femme. Cette conception est présentée également comme une vérité universelle qui doit s’imposer à toute société désireuse de maintenir des relations avec l’Occident ou à tout individu qui voudrait vivre et travailler dans cet Occident. Cela en vient à ressembler à un totalitarisme, une dictature de la liberté : « vous devez être libre selon notre définition de la liberté ».

Pour le musulman soufi, cette perspective est diamétralement opposée à son engagement spirituel. Pour lui, la devise est : « je fais ce qu’Il veut » ou « je fais ce que je ne veux pas » jusqu’à ce que le disciple agisse par et pour Dieu, se soumettant à une volonté supérieure, et non aux caprices de son âme.

On pourrait objecter que la conception occidentale de la liberté a des aspects positifs, comme la protection des droits individuels et l’autonomie personnelle. Cependant, cette vision n’a jamais été universelle, comme l’histoire des interactions de l’Occident avec le reste du monde le montre clairement. La tragédie palestinienne en cours, par exemple, révèle toute la relativité de cette conception de la liberté, censée être héritée de la période des Lumières européennes. Pourquoi cette conception n’est-elle pas universelle ? Parce qu’elle est le produit de la raison et non du cœur. Lorsque le cœur n’est pas travaillé, il ne peut illuminer la raison. Celle-ci ne peut alors formuler que des idées qui ne sont pas ancrées dans l’intériorité de l’être, car l’intériorité, en proie à des passions voire des vices, n’est pas lumineuse. Cela révèle souvent des contradictions flagrantes entre de beaux discours et la réalité. C’est ce qui confère à cette conception l’image de l’hypocrisie, que tout esprit lucide ne manque pas de relever. Pire encore, comme le discours n’a pas de prise sur l’être, l’hypocrisie et la mauvaise foi sont pleinement assumées au nom de cette même liberté : « Je fais ce que je veux, je soutiens le génocide en cours. Et alors ? ». Finalement, la conception de la liberté ne représente plus un héritage des luttes historiques pour les droits, mais devient une justification de l’égocentrisme, du racisme et de l’indifférence morale, toutes considérées comme des maladies de l’âme par les soufis.

Il est vrai qu’en Occident, il existe des figures politiques qui ont su aligner leurs principes avec leurs actions, comme le français Jean Jaurès, le tchèque Vaclav Havel, le suédois Olof Palme, l’américaine Eleanor Roosevelt, et dans une certaine mesure l’ex président Jimmy Carter par exemple. Cependant, ces figures sont plutôt rares, car ce dont nous parlons ici est une tendance générale marquée. Par exemple, aujourd’hui, aucun des socialistes français qui se réclament de l’héritage de Jean Jaurès ne peut véritablement l’incarner. Leur position sur le génocide palestinien montre clairement que cette filiation n’est qu’un vœu pieux, et il serait préférable qu’ils cessent de revendiquer cet héritage.

L’occidentalisation du monde, sur laquelle ont écrit certains penseurs, est en réalité une tentative de libération globale, visant à unifier le monde selon le modèle occidental de la liberté. Même les aides internationales et les appuis sont et seront souvent conditionnés aux efforts entrepris par les pays du Sud pour montrer patte blanche à l’Occident nourricier, et pour démontrer que les avancées en matière de liberté, telles que voulues par l’Occident, progressent bien et arpentent le bon chemin.

Le croyant musulman est donc contraint, face à ces menaces, d’entrer en résistance, une résistance semblable à celle du personnage d’Ionesco dans « Rhinocéros » dont j’ai déjà parlé. Cette résistance se manifeste par le compagnonnage et le dhikr, l’invocation continue de Dieu, tout en cherchant à ce que ses enfants puissent entrer eux-aussi dans ce champ lumineux de protection. Incontestablement, le soufi est aujourd’hui un résistant et non plus comme à travers l’histoire un معتكف, quelqu’un qui se retire dans la mosquée ou dans une zaouïa pour se consacrer à l’adoration et à la prière.

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