Dr.Samir CHAOUKI
En septembre 2021, la France avait décidé de durcir les conditions d’obtention de visas pour les ressortissants maghrébins en réduisant de 50% le nombre de visas accordés notamment aux marocains. Ce ne fut qu’un premier épisode d’une longue traversée de désert dans les relations bilatérales. Affaire Pegasus, acharnement des députés macronistes au sein du parlement européen, traitement médiatique lors du séisme d’Al-Haouz …etc. Entre temps, des voix françaises se sont levées exigeant de mettre fin à cette situation jugée anormale et inopportune pour les deux pays. Le 13 novembre, une sortie surprise de l’ambassadeur de la république française au Maroc marque l’ouverture d’une nouvelle page et redonne vie à cette relation.
Une succession de « bad buzz »
A l’automne 2021, la France décide de diviser par deux le nombre de visas octroyés aux citoyens marocains en « représailles » au refus par les autorités marocaines de rapatrier ses ressortissants en situation irrégulière à l’Hexagone. Macron cédait ainsi à une levée de bouclier par les partis d’extrême droite à six mois des élections présidentielles. Macron voulant retirer le tapis sous les pieds de Le Pen et Zemmour n’a pas hésité à sacrifier des relations bilatérales historiques. Rabat avait contesté le fond et la forme de cette décision considérant que c’est un chantage portant atteinte à la libre circulation entre les deux pays. Trois mois après, en janvier 2022, le Parlement européen adopte une résolution qui vise le Maroc, accusé d’atteinte à la liberté d’expression et à la liberté des médias, une autre plaie dans les relations des deux pays puisque cette résolution a été portée par les eurodéputés français du Renew, le groupe qui représente la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron, ce qui ne manqua pas d’irriter le royaume. Avril 2022, le Maroc est pointé du doigt pour une invraisemblable affaire d’espionnage communément connue « affaire Pegasus ». La presse française évoquait le logiciel israélien qui aurait permis au royaume « d’espionner de milliers de personnes, journalistes, militants et même chefs d’États » désignant nommément Macron. Le Maroc décide de réagir après que l’affaire ait fait les choux gras de la presse française en ouvrant une enquête par le parquet général de Rabat et en portant plainte pour diffamation contre Amnesty et Forbidden Stories devant le tribunal correctionnel de Paris, défiant ces deux structures, à l’origine de la diffusion de cette information, de produire des preuves tangibles de leur accusation. Ceci étant, cette affaire exaspère l’Élysée et creuse davantage le fossé entre les deux pays. Pendant ce temps, un rapprochement entre Paris et Alger, étayé par un échange de visites cordiales de délégations des deux pays, n’est pas du goût de Rabat. Le 20 Août 2022, lors de son discours à l’occasion de la commémoration de la révolution du roi et du peule, SM le roi Mohammed VI a salué la position claire et responsable, quant au Sahara marocain, des États-Unis et de l’Espagne et le positionnement constructif à l’égard de l’Initiative d’autonomie affichés par certains pays européens comme l’Allemagne, la Hollande, le Portugal, la Serbie, la Hongrie, Chypre, et la Romanie. SM le roi est on ne peut plus claire : « S’agissant de certains pays comptant parmi nos partenaires, traditionnels ou nouveaux, dont les positions sur l’affaire du Sahara sont ambiguës, Nous attendons qu’ils clarifient et revoient le fond de leur positionnement, d’une manière qui ne prête à aucune équivoque ». Les observateurs internationaux avaient compris que le message est clairement adressé à la France. Le 2 mars 2023, lors de la visite du président français au Gabon, ce dernier a qualifié ses relations personnelles avec SM le roi Mohammed VI d’amicales, une manière de désamorcer la crise. Peine perdue, la réponse de Rabat par voie officieuse distillée à la presse internationale fut cinglante : « Nos relations ne sont ni bonnes ni amicales ». S’en est suivi un silence « officiel » pendant six mois jusqu’en septembre 2023 quand SM le roi Mohammed VI effectue une visite privée à Paris, laquelle visite fut interrompue suite au séisme d’Al-Haouz avec ce qui s’en est suivi sur le malentendu franco-marocain à propos de l’assistance souhaitée par la République mais non requise par le Royaume. En octobre, le poste d’ambassadeur du Maroc à Paris, vacant depuis le début de l’année, est finalement comblé par la nomination de Madame Samira Sitaïl. Une fin connaisseuse de l’Hexagone pour y avoir vécu son premier quart de siècle. Un geste interprété par un signal d’apaisement par Rabat. Le 13 novembre, Paris renvoie l’ascenseur quand l’ambassadeur de la France à Rabat Christophe Lecourtier annonce, dans une interview accordée à radio 2M, la fin des restrictions sur les visas. D’aucuns y voient une message de réconciliation de la part de Paris.
Quel nouvel horizon pour les relations bilatérales ?
Force est de constater que depuis trois mois la tension entre les deux capitales baisse en intensité. Ceci est perceptible par la nomination d’une ambassadrice marocaine du coté de Rabat, et des appels de politiciens français à normaliser les relations avec le Maroc en plus de cette sortie médiatique de l’ambassadeur français du côté de l’Hexagone. C’est dire qu’il n’est dans l’intérêt de personne cette parenthèse qui n’a que trop duré. D’ailleurs, en France, de Droite à Gauche, des personnalités politiques pesantes ont appelé à un meilleur traitement du Maroc, « un pays ami et allié depuis son indépendance ». C’est le cas de Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, et de Éric Ciotti, chef de fil des Républicains. Deux courants politiques que tout oppose sauf un appel en symbiose pour des relations franco-marocaines consolidées et améliorées. Mais s’il y a un dossier sur lequel la France est attendue, par tous les marocains, c’est bel et bien le dossier du Sahara marocain. À cet égard, au vote du Conseil de sécurité au sein des Nations-Unis de la résolution de prolongation du mandat de la Minerso , la voix de la France fut scrutée jusqu’au fin détail. Paris reste fidèle à sa position pro marocaine comme elle l’a toujours fait depuis 2007, en dépit des hauts et des bas dans le trend des relations bilatérales.
Une posture réitérée par l’ambassadeur français à Rabat qui confirme sans détour le soutien français au Plan d’autonomie proposé par le Maroc, et de rajouter une couche d’assurance en affirmant que « la France soutient le Maroc dans tout ce qu’il entreprend, mais aujourd’hui il faut avancer ». Une aubaine pour la nouvelle ambassadrice marocaine à Paris qui pourrait désormais s’activer dans une démarche d’ouverture, de relance et de confiance mutuelle. Car il s’agit bien de confiance. Un facteur disloqué suite à une multitude de pseudos « affaires » qui ont envenimé des relations longtemps exemplaires, en dépit des divergences épisodiques somme toutes normales en diplomatie. Ces gestes renvoyés dans un sens comme l’autre gagneraient à finir par des actions concrètes. Une déclaration solennelle depuis Paris et une invitation royale baliseraient le terrain vers une normalisation définitive pour de meilleurs horizons. Il ne faut pas oublier que les intérêts des deux pays se croisent dans plusieurs dossiers cruciaux. La France pourrait compter sur le Maroc dans ses relations africaines de plus en plus difficiles, et par ailleurs les deux pays pourraient former un binôme complémentaire dans l’investissement de ce large potentiel économique en Afrique sur la base du sacro-saint marocain gagnant-gagnant pour tous. Dans un autre registre, le royaume en pleine dynamique économique avec la mise en œuvre d’un nouveau modèle de développement à même de porter le Maroc dans le club des pays émergents en 2035 a besoin de partenaires fiables et en total diapason avec le royaume, comme l’Espagne et la France biensûr, sans oublier les colossaux chantiers de la coupe du monde 2030. Deux défis majeurs qui appellent une mobilisation sans appel du royaume dans son environnement géographique et géopolitique.
C’est une feuille de route jouable, encore faut-il y apporter ce premier pas tant attendu. Emmanuel Macron, déchargé de calculs électoralistes à horizon 2027, saura-il graver son nom dans ce dorique non pas grec mais franco-marocain ?






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