Dr.Mohamed Benomari
Lampedusa fait face à un afflux record de migrants. Son maire appelle le gouvernement italien à l’aide et fustige l’inefficacité de sa politique migratoire.
Près d’une centaine de débarquements ont été enregistrés en vingt-quatre heures provenant essentiellement de Tunisie. Plus de 10.000 personnes, le nombre le plus élevé enregistré jusqu’à présent, se trouvent actuellement dans le centre d’enregistrement de Lampedusa. « Lampedusa ne peut plus accueillir de réfugiés », a constaté le préfet d’Agrigente, Filippo Romano.
La détermination des immigrés à rejoindre l’Italie
La plupart des immigrés ne cachent pas qu’ils sont venus en Tunisie dans le but de rejoindre l’Italie, tout en confirmant leur intention de repartir en mer, malgré les dangers du voyage. Ils affirment qu’ils ne trouvent pas d’autre issue que l’immigration. Leurs esprits sont attachés à la mer, comme un moyen de sortir de leur calvaire, comme ils le pensent. Même si la côte tunisienne est devenue un “cimetière”, puisque beaucoup ont fini par se noyer en mer Méditerranée, rien ne semble avoir ébranlé la détermination des immigrés à réaliser ce qu’ils considèrent comme un rêve.
Le développement d’une industrie des bateaux en fer :
Une industrie qui génère des centaines de milliers de dinars
Une source sécuritaire tunisienne attribue l’exacerbation du phénomène migratoire au développement des bateaux en fer par les passeurs, qui ont un coût de fabrication bon marché et peuvent accueillir un plus grand nombre de migrants. Ils sont fabriqués pour la plupart dans des maisons abandonnées. Ils sont utilisés plus d’une fois. Ces bateaux sont devenus un véritable casse-tête pour les autorités et surtout pour les pêcheurs.
De nombreux contrebandiers stationnés sur la bande côtière reliant Sfax à Mahdia vivent désormais de cette industrie. Les forces de sécurité tunisiennes attaquent un certain nombre de fabricants de ces bateaux, appuyées par une couverture aérienne. Mais « la réaction est généralement violente, car nous sommes face à une industrie qui génère des centaines de milliers de dinars pour ses propriétaires”, a déclaré Hussam Jababli, porte-parole de la Garde nationale.
La Commission européenne présente un plan d’urgence
Cette situation a mis les capacités d’accueil de l’île sous forte tension, a généré une onde de choc politique en Italie et a relancé l’épineuse question de la solidarité européenne en matière de répartition des demandeurs d’asile pour soutenir les pays en première ligne de ces arrivées.
Lors d’une visite à Tripoli Antonio Tajani, le patron du Parlement européen a souligné la nécessité d’établir cette « liste noire » des principaux passeurs de migrants, en vue de combattre le trafic en Europe et en Afrique. Lors d’une conférence « les passeurs sont des terroristes, des trafiquants d’armes et d’êtres humains, si nous n’arrivons pas à anéantir ces organisations criminelles, il sera très difficile de lutter contre l’immigration clandestine »
La commission européenne a présenté un plan d’urgence, avec « un renforcement des gardes côtes, une meilleure coopération entre les pays d’origine et de transit des migrants et un renforcement de la solidarité européenne ». Ce plan d’aide en dix points, destiné à gérer l’urgence des flux migratoires vers l’Italie, prévoit de mieux répartir les demandeurs d’asile entre les pays européens ou encore de faciliter les retours. Il est censé conjuguer fermeté à l’encontre des passeurs et facilitation des voies légales d’entrée dans l’espace européen pour les personnes éligibles à l’asile.
Le ministre français de l’intérieur, Gérald Darmanin a déclaré mardi 19 septembre, sur TF1 que la France « n’accueillera pas de migrants qui viennent de Lampedusa » sauf « les réfugiés politiques », affichant la « position de fermeté » du gouvernement en la matière.
Au sujet des demandeurs d’asile, M. Darmanin a admis qu’il fallait « distinguer » leur situation de celle de la majorité des migrants, tout en renvoyant cette responsabilité aux autorités italiennes. Il a expliqué que « Ce n’est pas en accueillant plus de personnes que l’on va tarir un flux qui évidemment touche nos capacités d’intégration », a-t-il poursuivi. « En revanche, nous avons dit à nos amis italiens que nous étions prêts à les aider pour reconduire des personnes dans les pays avec qui nous avons de bonnes relations diplomatiques », a déclaré le ministre de l’intérieur, citant la Côte d’Ivoire et le Sénégal. « Il faut distinguer des migrants des personnes qui sont des réfugiés politiques », a-t-il précisé.
Au sujet des demandeurs d’asile, M. Darmanin a admis qu’il fallait « distinguer » leur situation de celle de la majorité des migrants, tout en renvoyant cette responsabilité aux autorités italiennes. « Si les personnes sont éligibles à l’asile, si elles sont persécutées sexuellement, politiquement, religieusement, évidemment c’est le devoir de la France comme d’autres pays européens de les accueillir », a-t-il reconnu. Mais il a minimisé la présence de demandeurs d’asile parmi les migrants de Lampedusa, affirmant que la majorité de ces derniers ne fuyaient pas des persécutions. « Ce ne sont pas des Afghans, ce ne sont pas des Syriens », a-t-il insisté.
Le ministre a, par ailleurs, annoncé qu’il avait décidé de « renforcer » les contrôles à la frontière franco-italienne : les effectifs de police et de gendarmerie dévolus à cette tâche passeront de 500 à 700, a-t-il précisé.
Berlin avait annoncé, la suspension de l’accueil volontaire de demandeurs d’asile en provenance d’Italie, prévu par les accords européens, en raison d’une « forte pression migratoire » et du refus de Rome d’appliquer ces mêmes accords.
Pour sa part l’Espagne défend « une politique migratoire européenne solidaire ». Le ministre espagnol des affaires étrangère José Manuel Albares a insisté sur le nécessité de se mettre d’accord sur « un pacte de migration et d’asile ».






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