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Mohammed Farahat
Ancien ambassadeur
Monsieur le président,
Je vous écris en réponse à votre adresse directement à mes concitoyens, marocaines et marocains. Ce qui donne une légitimité à mes propos de réaction à votre initiative.
Monsieur le président,
Une fois de plus vous avez raté l’occasion de faire preuve de retenue et de condescendance. Vous avez confondu le message et son destinataire. Les françaises et les français sont les plus indiqués de recevoir votre discours au moment où leurs attentes sont énormes. Vous êtes le chef de l’Etat français, faut-il vous le rappeler.
Vous devez le savoir mieux que quiconque, un peuple est une alchimie tellement complexe qu’on ne peut le réduire à une norme comptable et l’aborder comme une clientèle de supermarché ou au mieux à un attroupement de militants surchauffés pour des contingences politiques de circonstance.
Un peuple est une composante juridique de l’Etat-nation au même titre que le territoire et le pouvoir politique. La souveraineté et l’intégrité sont le ciment symbolisé par l’union nationale et l’engagement. Et les dépositaires de la souveraineté sont le chef de l’Etat (Roi ou président) et le parlement par le truchement du suffrage universel. De ce bref rappel, je voudrais vous dire que dans les anciennes civilisations et le Maroc affiche fièrement, à ce titre, l’histoire d’un système politique millénaire où le peuple et son roi entretiennent une relation fusionnelle fondée sur des instruments, des mécanismes et des outils de gouvernement qui leur sont propres. L’institution de l’allégeance est un mode de communion que ces deux piliers de l’État marocain tiennent à en renouveler le témoignage chaque année à une date précise où la liesse et le dévouement en sont l’expression fidèle , en profondeur comme en termes d’expansion temporelle et structurelle.
Votre adresse au peuple marocain est une tentative d’intrusion dans un corps compact et impénétrable et par conséquent regrettable et malvenue.
Pour votre gouverne, je vous avais adressé par le passé récent, un message où j’ai attiré votre attention sur les dérives de votre politique étrangère à l’attention de mon pays et telle qu’elle était façonnée par une équipe de vos proches conseillers qui, à l’évidence, affichent une compréhension approximative de la politique étrangère et pratiquent une vision étriquée de la pratique diplomatique. Je vous ai rappelé, en même temps, la teneur d’un échange de vive voix qu’on a eu sur le pont du carrousel à l’occasion de la célébration d’un triste souvenir qui a marqué la relation maroco-française.
Aussi, s’estimant en position fondée de parler de nos relations bilatérales pour avoir été à deux reprises (en 2000 et en 2017), un acteur diplomatique aux côtés d’amis et confrères du ministère français des affaires étrangères , je voudrais apporter d’abord le témoignage qu’heureusement ils restent les fidèles dépositaires d’une culture diplomatique française respectueuse d’une tradition gaulliste qui témoigne à l’égard de mon pays d’une amitié sincère et à son Souverain d’une déférence et d’un respect à la hauteur de leur position prestigieuse dans l’échelle des hautes fonctions qui étaient les leurs ou du travail intellectuel qu’ils continuent de produire depuis leurs statuts respectifs d’éminents penseurs ou de témoins actifs de l’historicité des faits économiques, politiques et philosophiques qu’a connu votre pays sous la Vème république.
Le constat malheureusement est l’ignorance des appels qu’ils vous ont lancés à travers les supports des médias et des publications de librairies. Sont-ils lus, les avez-vous écoutés ou songé à échanger avec eux? Ils ont été dans l’action concrète de la chose politique Maroc-France et de fidèles conseillers de tous les présidents de France qui vous ont précédé, en apportant leurs éclairage pour la meilleure conduite de ces relations qualifiées, il n’y a pas si longtemps, d’exceptionnelles.
Vous ne pouvez pas avoir, seul, raison et jeter l’opprobre sur les autres. On peut être jeune voire très jeune parfois pour une responsabilité dont on a la charge, le problème dans certains cas est qu’il est vain de chercher après à rectifier ou à colmater l’imprudence, comme le veut le principe du « One-shot ».
Alors je vous invite monsieur le président, avec tout le respect dû à votre rang et à votre fonction et au nom d’une histoire et d’une amitié séculaire entre nos deux pays, à écouter vos concitoyens, d’abord, avant de vous adresser aux marocaines et marocains, citoyens d’un autre pays souverain. Car, l’écoute reste une forme de sagesse quand le silence est mère des vertus.
Veuillez agréer, monsieur le président de la république française, l’expression de ma parfaite considération et mon respect.
Meknès, le 13 septembre 2023






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