Pourquoi l’image de la France s’est-elle autant dégradée en Afrique ?

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Dr.Mohamed Benomari

 

Aujourd’hui, on assiste à un sentiment anti français qui règne en Afrique subsaharien. La question qui s’impose est de savoir les raisons profondes de ce sentiment. Selon les chercheurs plusieurs facteurs expliquent cette situation notamment, l’histoire coloniale de la France, la propagande russe turque anti français, la prééminence de l’aspect sécuritaire de la politique africaine de la France au dépend d’autres aspects notamment, socio-économiques des pays du Sahel…

Il est vrai qu’un sentiment antifrançais un peu vague a toujours existé. Mais ces dernières années, le phénomène prend une vigueur nouvelle. Cela tient au développement des réseaux sociaux, qui mythifient et exacerbent une sorte de haine envers la France, accusée aussi bien de ne pas en faire assez pour lutter contre les djihadistes que de les armer !

Cela impose un changement d’approche dans la présence française sur le continent africain. Lova Rinel, chercheuse associée au think-tank Fondation pour la recherche stratégique, analyse les enjeux de ce phénomène.

En plus des erreurs dans la conception sécuritaire francaise en Afrique, s’ajoute le facteur russe et sa propagande. Pour Lova Rinel, la propagande russe joue un rôle important dans cette hostilité envers la France. « La propagande russe est importante en Afrique, mais il ne faut pas la surestimer. » dit-elle. « Il ne faut pas croire que le sentiment anti-français en Afrique repose uniquement sur la propagande russe ».
La propagande russe est importante, mais il n’est pas la seule. C’est une erreur de croire que le sentiment anti-français repose uniquement sur la propagande russe.

La Chine, la Turquie, et même les États-Unis et l’Allemagne peuvent avoir une part de responsabilité. La Chine tient, en Afrique, un discours proche de la Russie, mais fait moins de propagande. La Russie, elle, réalise un important travail pour répandre le sentiment anti-français. La Turquie, quant à elle, accuse la France plutôt d’islamophobie, et propage ces éléments de langage en Afrique. Selon Emmanuel Macron « la France devient un bouc émissaire idéal ».

Pour les États-Unis et l’Allemagne c’est un peu différent, ils ne vont jamais s’en prendre à la démocratie française, mais vont essayer de s’immiscer dans les politiques étrangères, sous prétexte qu’ils ne sont pas, eux, les anciens colonisateurs de ces pays.

Pour Vincent Hugeux, il s’agit d’« une tentative de reconnexion avec les pouvoirs et les sociétés africaines» . D’Emmanuel Macron en Afrique : pour Vincent Hugeux, il s’agit d’« une tentative de reconnexion ».

Lova Rinel, quant à lui, pense qu’il il ne faut pas que ces interventions militaires soient vues comme une survivance de la colonisation. Pour cela, il faut changer de vocabulaire. Pour elle, les Français ont également leur part de responsabilité. Il faut bien admettre, d’une part, qu’Emmanuel Macron a fait des erreurs de verbiage ; et d’autre part que les Français dans ces pays africains, notamment les militaires à la retraite, ont eu des comportements tout à fait nocifs et coloniaux. Et on retrouve ce phénomène avant tout dans les anciennes colonies, c’est assez problématique. Ainsi, le comportement des Français a participé à l’accroissement du sentiment anti-français.
Selon le président français, Emmanuel Macron les Français en Afrique devaient changer leurs habitudes, car derrière leurs actes, c’est toute la France qui en assume la responsabilité.

Selon le président de la République, « le modèle des relations France-Afrique ne doit plus être les bases militaires telles qu’elles existent aujourd’hui. Demain, ce seront des bases écoles avec des effectifs français et africains ».

Comme armée rime avec colonisation, on a tendance à se féliciter de cette démilitarisation. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a, sur le continent africain, des enjeux de sécurité internationale, qui réclament de la part de l’Occident un soutien.

La question est de savoir quel équilibre doit adopter la France. Il ne faut pas que ces interventions militaires soient vues comme une survivance de la colonisation. Pour cela, il faut changer de vocabulaire. Si on continue à parler de « pré-carré français » lorsque l’on assure la sécurité d’une zone dangereuse en Afrique, on ne sortira jamais de cette image coloniale.

Un autre moyen de mettre fin à cette image, c’est de tuer les symboles de la colonisation, à savoir les bases militaires. Nous n’en avons, en tant que tel, que trois, si on ne compte pas celles qui concernent avant tout la sécurité dans l’Indo-Pacifique.

Selon Lova Rinel, Il faut établir des contrats industriels d’armement avec les pays africains. Cela permettrait de préparer ces pays à l’éventualité d’un conflit. Pour cela, il faut prendre en compte les capacités militaires de ces pays et compter là-dessus. La Côte d’Ivoire, le Tchad ont besoin de renforcement et de formations militaires.
C’est vrai que la France apporte des formations aux Africains, mais ce n’est pas suffisant, il faut clairement renforcer les académies militaires qui existent dans ces pays. La France doit transmettre son savoir militaire et stratégique, dispenser sa philosophie de la guerre, encourager des recherches…

En somme, à terme, l’idée est de réduire l’impact symbolique de la présence française, tout en transmettant aux Africains la philosophie française du conflit armé. On met en retrait les soldats français, et on mise sur l’intelligence des soldats africains en renforçant ces « bases écoles ». De même, il faut établir des contrats industriels d’armement avec les pays africains. Cela permettrait de préparer ces pays à l’éventualité d’un conflit, et de ne pas se retrouver, comme en Ukraine, avec des armées qui ne sont pas prêtes à faire la guerre. La sécurité est fondamentale pour ces pays. Mais il faut, petit à petit, leur permettre de gérer eux-mêmes leur sécurité, et investir davantage, de notre côté, le secteur de la solidarité.

Emmanuel Macron a eu raison de reconnaître qu’on s’était trop engagé dans le secteur sécuritaire en Afrique, au détriment d’autres secteurs importants notamment, socio-économiques.

La mutation sociétale de l’Afrique, oblige à avoir un rapport avec ce continent beaucoup plus holistique, qui passe par la mémoire, par une quête de réconciliation, et qui tend vers l’instauration de partenariats équitables et de coopération Win-Win.

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