Par SAMIR CHAOUKI
À la veille de sa tournée africaine, Macron annonce sa nouvelle feuille de route pour le continent avec un changement de paradigme au menu. Y a-il encore une marge de manœuvre ou est-ce une tentative de sauvetage tardive ?
Cela fait une dizaine d’années que la politique africaine de la France est en déclin. En 2011, la république des lumières perd le peu de crédibilité qui lui reste dans un continent toujours considéré comme terrain conquis. L’assassinat du colonel Kadhafi, commandité par l’armée française, passe mal par plusieurs capitales africaines car interprété comme une ingérence directe dans les affaires intérieures d’un pays africain. Dans les salons des capitales africaines, c’est un discours de méfiance à l’égard de Paris qui est gargarisé par les régimes les plus fidèles à la France. Ce fut le début d’une autre ère que les français n’ont pas vu venir.
Le discours et les faits
Un ancien ambassadeur français à Dakar croit savoir que le discours annoncé par Emanuel Macron ce 27 février 2023 est un tournant historique dans les relations franco-africaines. «Le ton du président à l’égard des entreprises françaises est annonciateur d’une rupture du mode opérateur » déclare-t-il. En fait, il faut commencer par décrypter ce ton enveloppé d’une couche de modestie toute en observant une posture hautaine.
En d’autres termes, Macron prône l’humilité … avec une arrogance inouïe. Dans le fond, le président français ne propose rien de concret sinon un changement de paradigme ou une prise de conscience tardive. « L’Afrique n’est pas un pré carré, il faut passer d’une logique d’aide à celle d’investissement » annonce-t-il. Un concept revendiqué avec virulence, déjà en 2017, par le président ghanéen devant son invité, Macron lui-même : « nous n’avons pas besoin de votre aide au développement, nous voulons un partenariat gagnant-gagnant ». C’est dire que le malaise français en Afrique ne date pas d’aujourd’hui, c’est un cumul que Paris ne voyait pas venir par manque d’humilité ou, et ce serait grave, aurait sous-estimé. Pourquoi alors Paris n’a pu éviter et prévoir plusieurs effets annonciateurs comme l’expulsion de ses troupes du Mali ? L’humiliation subie au Burkina ? L’hostilité montante à la république centrale d’Afrique ? L’animosité affichée par la junte militaire en Guinée à l’égard de la France ? Le décrochage du Gabon à l’égard de la francophonie ? C’est dire que les renseignements extérieurs français se sont endormis sur leurs lauriers, ne quittant pas leur zone de confort et croyant une domination post coloniale, militaire et économique, éternellement acquise. La claque de Macron à l’égard des hommes d’affaires français traduit parfaitement cette posture hautaine des milieux d’affaires français croyant que les marchés africains est leur champ de prédilection au moment où les entreprises chinoises, russes, turques et à un degré moindre marocaines ont bel et bien occupé du terrain.
Le Maghreb, l’autre échec
Profitant de sa conférence de presse qui a précédé son voyage africain, Macron a voulu apaiser les tensions avec le Maroc et l’Algérie. Il appelle le royaume à avancer ensemble se dédouanant en même temps des campagnes françaises anti-Maroc dans les affaires Pegasus et le parlement européen, mais il n’a pu convaincre personne. Car il peut faire mieux si il est bien entendu investi de bonnes intentions. S’agissant de l’Algérie, tout en se rapprochant du président Tebboune, il fustige des « milieux » qui plomberaient les relations franco-algériennes jetant plus de mystère sur le fin fond des relations bilatérales. Il paraît clairement que Macron n’a pas compris que la France ne pourrait plus tenir le bâton par le milieu dans sa posture entre Rabat et Alger. Il y a lieu de faire un choix aussi douloureux qu’il soit, sinon Paris resterait en brouilles avec les deux leaders du Maghreb. Et last but not least, Macron n’a pas dit un mot sur la Tunisie, un pays au bord de la faillite économique et qui vire vers un régime totalitaire qui réprime tout sur son chemin. Curieux quand même ! Quant à la bande sahélo-saharienne, qui devrait accaparer l’essentiel du discours de Macron, force est de constater que le président français a carrément annoncé une baisse de main et un retrait en douceur. La France n’est pas le seul pays garant de la stabilité de cette zone, dit-il ajoutant au passage que la présence militaire française sera réduite et que même des bases militaires seront redéployés à des fins « académiques ». Un aveu d’échec non annoncé et une volonté de se retirer de cette zone sans le dire. Est-ce une défaite face à la présence montante de la Russie et de son « Wagner » ? Le président français l’exprime autrement : « Nous déplorons les moyens utilisés que nos valeurs ne nous permettent d’emprunter » ! Enfin, zapper le Sahel de sa tournée africaine en dit long sur les intentions silencieuses françaises quant à son avenir dans cette région.
La récréation française en Afrique semble être sifflée et que définitivement sa position dominante dans le continent est plus que contestée face à de nouvelle puissances plus que jamais ancrées sur place sans tapage.






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