*Par :M’barek Housni
Le livre d’un ex-président des Etats-Unis d’Amérique ne peut que cartonner dans les librairies du monde. À fortiori si ce président est le premier afro-américain à pouvoir accéder aux commandes du pays le plus puissant au monde. En fait c’est plutôt un métis puisque sa mère est blanche et son père est Kenyan, mais aux USA le citoyen a le droit de s’identifier ethniquement ou racialement. La couleur de la peau compte.
Ce n’est pas le premier coup éditorial de Barack Obama, mais celui qui est le plus attendu. Il s’agit de son livre « Terre promise » présenté comme étant le premier tome des mémoires de présidence depuis son entrée dans l’arène politique. Sorti le 17 novembre et tiré selon le New York Times à trois millions d’exemplaires, il comporte 768 pages en version originale, 848 dans la version française. Un tiers a été imprimé en Allemagne et transporté sur trois énormes navires marchands. 23 autres pays verront la sortie du livre dans la même période. Le pari de la maison d’édition du livre a largement été tenu. Elle avait misé, il y a trois ans, la somme de près de 65 millions de dollars sur la publication des mémoires de Barack Obama et sa femme Michelle. Énorme, énorme et ça laisse plus d’un pantois.
Que peut-on attendre d’un gros pavé pareil ?
De deux choses l’une : le livre recèlerait de longues pages croustillantes sur les coulisses politiques et sur les grands de ce monde ou serait un livre où l’auteur tenterait d’expliquer, de s’expliquer, de rendre compte, de régler des comptes ou tout simplement d’« éclaircir » huit années de pouvoir où tout n’était pas à coup sûr facile. L’exercice du pouvoir demande parfois de prendre des décisions très difficiles, comme d’envoyer des hommes en guerre, en Afghanistan par exemple, ordonner des frappes sur la Libye. D’après les bonnes feuilles consacrées au livre dans les plus grands tirages des quotidiens mondiaux, il y a de tout avec une implication en parallèle de son intimité personnelle et familiale.
Mais les opinions des grands chroniqueurs de la presse internationale divergent. Les extraits qu’on peut lire ici ou là donnent un avant-goût de ce qui attend tout lecteur avisé et un aperçu sur son contenu. Rien de trop très tranché parait-il sur les grands conflits de ce monde, mais une vraie autobiographie politique. Et donc un genre littéraire. Est-ce à dire que Barack Obama a écrit un livre comme écrivain plutôt que comme homme politique ? Il est peut-être permis d’adhérer à ce constat.
Le professeur de sociologie Gary Younge à l’Université de Manchester et membre de Type Media a écrit dans le Guardian du 26 de ce mois que « Obama est un écrivain doué. Il peut transformer une phrase, raconter une histoire et briser une dispute ». Et pour exemple, il cite cette description de la muraille de Chine : « La journée était froide, le vent coupant, le soleil un filigrane sombre sur le ciel gris, et personne n’a dit grand-chose alors que nous escaladions les remparts de pierre escarpés qui serpentaient le long de la colonne vertébrale de la montagne ».
Chimamanda Ngozi Adichie écrit dans le New York Times du 24 novembre que Obama « est aussi bon écrivain(…) il est presque toujours agréable de lire, phrase par phrase, la prose magnifique par endroits, le détail granuleux et vif ».
Marwa Bichara, chroniqueur à Aljazeera dit quant à lui : « Obama est un grand écrivain doué, car il est un orateur brillant »
Dans le journal canadien le Devoir du 21 novembre 2020 on lit ceci : « ..et c’est ce que fait habilement Barack Obama avec une plume charmante qui éclaire sous un bon jour ce qu’il se doit, sans jamais aller bien plus loin que ce que l’Histoire avait déjà retenu de lui »
Voilà, c’est un Obama écrivain qui attire l’attention d’emblée, qui écrit au stylo et non sur ordinateur, comme tous les grands écrivains, et qui ne sait pas écrire court. Un littéraire qui sait manier les phrases, décrire à merveille un paysage ou un monument, mettre les mots sur les détails nécessaires et minutieusement. On aurait dit qu’il notait la plus minime des choses tout en étant en plein exercice du pouvoir ! En voilà quelques traits ci-dessous.
Il décrit l’ancien président français Nicolas Sarkosy comme étant «tout en emportements émotifs et en propos hyperboliques. Avec sa peau mate, ses traits expressifs, vaguement méditerranéens (son père était hongrois, son grand-père maternel juif grec), et de petite taille (il mesurait à peu près 1,66 mètre, mais portait des talonnettes pour se grandir), on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec »* la référence à un peintre du Paris montmartrois ne peut venir que d’un esprit vif.
Vladimir Poutine « n’avait rien de remarquable [physiquement]: petit et trapu – une carrure de lutteur -, une fine chevelure blond-roux, un nez saillant, des yeux clairs et vigilants ». Benjamin Netanyahu est «Bâti comme un rugbyman, avec une mâchoire carrée, des traits épais et une calvitie sur laquelle il rabattait des mèches de cheveux gris »*. La chancelière allemande Angela Merkel « avait de grands yeux bleu clair, dans lesquels on pouvait lire tour à tour de la frustration, de l’amusement, ou un soupçon de tristesse »*. Le président turc Recep Tayyip Erdogan affiche « .. sa longue silhouette légèrement voûtée, sa voix en vigoureux staccato qui montait d’une octave en réaction à divers griefs ou à ce qu’il percevait comme des affronts »*
Des descriptions physiques pointues, conformes et avisées dignes d’un homme de lettres exercé. Car juste après les avoir décrits en observateur, il en vient à poser sur eux des descriptions caractérielle ou comportementales. Les dirigeants du monde sous la plume de l’ancien dirigeant qui les avait côtoyées de près, deviennent des personnages, aux caractères différents susceptibles d’influencer leurs décisions et partant de là la marche du monde..
Comme le ferait tout écrivain avant de parler des actions de des créatures. Il y a beaucoup de politique dans ses mémoires, mais enjolivée parait-il par le style littéraire. Du professionnalisme intact.
Toutefois une question demeure : un ancien président d’une superpuissance peut-il être un écrivain comme on l’entend en général ? Pour trouver des éléments de réponse, il faut peut-être relire les illustres écrivains américains Ernst Hemingway, William Faulkner, Scott Fitzgerald, Henry Miller, Charles Bukowski, William Saroyan, Paul Auster.. et tous les autres.. qui n’étaient pas présidents au préalable.
*Extraits tirés de l’édition du Le Figaro du 11/12/2020
*M’barek Housni est un écrivain et chroniqueur.






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