Mohamed Tabal La mémoire transposée

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Par : M’barek Housni

 

 

Au premier contact avec l’œuvre de l’artiste, qui nous est proposée pleinement, tant par la forme que par le fond, l’idée de mémoire nous vient à l’esprit. La mémoire qui est cet arrière fond de notre être où rien ne s’oublie, où tout se met en place et ne s’y déloge que par une force donnée, impérieuse et insurpassable. Comme cela est seulement possible par la convocation de l’art, surtout s’il est lié à une pratique singulière tel que la danse Gnaoua. Ne dit-il pas lui-même en des termes sans équivoque : « Quand je commence à travailler sous l’effet de la transe, je tiens le pinceau d’une main ferme, tandis que ma tête s’envole”.

Mohamed Tabal transpose sa mémoire riche d’une expérience chez les Gnaouas donc, mai aussi dans le vécu collectif. Il est l’intercesseur entre le culturel ethnologique d’Essaouira, singulier comme tout un chacun le sait, avec toute sa diversité vertigineuse. D’abord le Gnaoui, cette pratique qui tient à la fois de la musique, du secte, de l’adorcisme, mais en plus de tout son lexique ornemental en habits, couleurs, rythmes, sons. Puis vient la vie tout autour simplement.

Étant lui-même en relation direct avec le gnaoui, nourri par lui et en son sein, initié aux rites de possession (hal), ce monde tapi en lui ressort en grande effusion, coulant sur ses toiles à satiété. Tout y passe, de mémoire comme on l’a signalé. On se prend à les contempler comme subjugués. La subjugation étant double, dans le cas du travail de Mohamed Tabal, musicale et artistique. Dans le sens de la subjugation qui fait émerger impérativement premièrement le vécu en musique, en chants, en danse, en adoration. Et quand ça ressort, ça remplit deuxièmement tout son univers, ne laissant rien au vide.

C’est du figuratif au plan premier. Le tableau chez l’artiste est un heureux rassemblement des hommes et des objets et des animaux, de l’espace sans fond en parfaite adéquation avec les grandes œuvres de l’art brut, cet art de la singularité don du talent. Comme une planche d’écriture et la vie dont les niveaux s’interpénètrent. Le temporel est relégué au temps du regard du sujet spectateur de l’instant où le plongeon est opéré.

Le visage/mémoire/scène

Quelle la différence apportée par l’artiste par rapport au courant artistique qui le revendique ? Dans tous ces visages aux grandeurs démesurées qui se positionnent dans ses tableaux, comme les représentants et les pendants de la mémoire.
Dans un visage, de Tabal, habite un monde. Autour du visage, ce monde existe aussi et complète l’autre. Tout en étant central, ce visage communique avec ce qui l’entoure à travers ce que le monde contient. Il n’est plus un élément d’un corps vivant, homme ou animal, il est le réceptacle : contenant, lieu où se rassemblent plusieurs choses de provenances diverses, selon la définition du dictionnaire qui correspond à merveille à la toile de l’artiste. Et ce visage arrive par le talent et la pratique assidue à contenir différemment, diversement en suivant un équilibre d’une logique de juxtaposition infaillible. Le visage est une scène où tout reflue à la surface, vient à la rencontre des yeux d’autrui, à la manière de la présentification, cet appel fait au fin fond du caché, du secret pour qu’il daigne venir à la lumière du jour, ici à la lumière de la toile. Et ce, en singeant le rite gnaoui, en se plongeant dans la transe.

La peinture de la transe gaie

Ce qui attire l’attention c’est que cette transe se présente avec les couleurs de la gaîté. Et ainsi, un deuxième point d’intersection avec l’art brut nous saute aux yeux : la vivacité du rendu plastique. Osons un échelonnement des couleurs : le vert, le jaune en premier lieu, le bleu et le rouge ensuite, le noir et le blanc enfin. C’est grosso modo ce qui nous est offert à première vue quand on parcourt les œuvres majeures de l’artiste, mais tout cela peut tout aussi bien se retrouver différemment, autrement. Dans tous les cas, à chaque fois ce sont des formes réelles qui ressortent, avec des visages aux yeux multiples. Parce que cette vivacité et ce foisonnement se réunissent en un point extraordinaire : le regard sur tous ces visages nous lancent nous les spectateurs : celui du grand étonnement, du parfait ébahissement.. comme après une grande lila gnaouie, cette nuit de veille qui nous délivre de nos tourments et nous rend la joie de vivre.

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