Le coup d’Etat au Niger : Pourquoi les positions de la France et des Etats-Unis ne sont pas unanimes ?

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Dr.Mohamed Benomari

 

Si la France opte pour une intervention militaire de la Cedeao au Niger, les Etats-Unis plaident pour une solution diplomatique. Des divergences qui s’expliquent par des intérêts propres aux deux pays dans la région.

Avec la chute du président nigérien Mohamed Bazoum, renversé le 26 juillet 2023, par un coup d’Etat militaire, l’Occident, notamment la France et les Etats-Unis, a perdu un allié stratégique dans ce pays. Mais au-delà de ce constat, très vite, des premières divergences ont fait irruption entre les deux partenaires principaux du gouvernement déchu. Avec, en particulier, des points de vue très différents sur la réponse à adopter face à une junte qui s’accroche au pouvoir.

Entre diplomaties américaine et française, le clivage s’est intensifié à l’issue des réunions des dirigeants des pays de la Cedeao au sujet du Niger. Si la négociation doit rester la priorité, il a également été acté le déploiement d’une “force en attente” de l’organisation régionale, laissant encore aujourd’hui planer la possibilité d’une intervention militaire.
Mais si la France et les États-Unis ont approuvé la position de la Cedeao, la divergence apparait clairement. Alors que Paris affirmait “son plein soutien à l’ensemble des conclusions” de la Cedeao, y compris les plus radicales, Washington insistait de son côté sur la “détermination de la Cedeao à explorer toutes les options pour une résolution pacifique de la crise”. Le 15 août, Antony Blinken, secrétaire d’Etat américain ajoutait même que les Etats-Unis restaient “concentrés sur la voie diplomatique pour obtenir le retour à l’ordre constitutionnel”.

Pour preuve de cette stratégie menée par Washington, une nouvelle ambassadrice américaine Mme Kathleen FitzGibbon, a été nommée à Niamey. L’exécutif américain l’assure pourtant : “Ce n’est pas le signe d’un changement de politique des Etats-Unis, mais de leur implication continue” dans cette crise. Mais ces initiatives passent mal au Quai d’Orsay, notamment, la visite au Niger le 7 août dernier de la sous-secrétaire d’Etat, Victoria Nuland, qui a été organisée sans la concertation avec Paris.

Pour la France, entretenir une relation diplomatique avec les militaires nigériens ne semble pas être à l’ordre du jour. Cela semblerait de toute façon utopique, tant l’ampleur du discours anti-français est fondamentale dans la stratégie du régime putschiste. Mais la France ne compte pas laisser tomber tous ses intérêts dans la région. Economiques, déjà, alors que l’uranium nigérien représente toujours une part importante de l’approvisionnement français, sans pour autant que l’Hexagone y soit dépendant.

Mais c’est surtout sur le volet militaire que la France ne compte pas abandonner sa présence au Niger. Une base aérienne est toujours opérationnelle près de Niamey, servant principalement aux opérations de renseignement des drones français, ainsi qu’au stationnement de plusieurs avions de chasse et quelques hélicoptères. En parallèle, près de 1 500 soldats sont aujourd’hui encore déployés au Niger, principalement autour de la lutte anti-djihadiste. Ces derniers restent toutefois sous le commandement de l’armée nigérienne. Pour autant, Paris refuse pour l’instant de rapatrier ses troupes : la diplomatie française estime que le régime putschiste est illégitime, il n’est donc pas en droit de pouvoir révoquer un accord signé entre Paris et le gouvernement de Mohamed Bazoum.
De leur côté, les Etats-Unis comptent également bien maintenir leurs plus de 1 000 soldats présents sur le sol nigérien. Les Américains disposent également d’une base hautement stratégique au nord du pays, près d’Agadez, d’où leurs drones militaires peuvent couvrir une large partie de l’Afrique de l’Ouest. De quoi justifier une certaine prudence face à la réponse à adopter face à ce coup d’Etat, alors que la junte ne se montre pas pour l’instant particulièrement offensive à l’égard de Washington. “Il y a une loi américaine qui interdit au gouvernement toute aide sécuritaire aux autorités issues de coups d’Etat. Pour le moment, les Etats-Unis n’ont pas encore formalisé le putsch, ils ne parlent que de ’tentative’ à ce stade”, expliquait récemment Mr. Michael Shurkin, expert des politiques de sécurité en l’Afrique de l’Ouest.

Les Etats-Unis ont d’ailleurs pour principal interlocuteur au Niger le général Moussa Salaou Barmou, nouveau chef d’état-major de la junte. Un haut gradé formé… sur le sol américain, et ancien partenaire privilégié des opérations militaires américaines au Sahel, comme le détaille The Wall Street Journal. Si cela ne témoigne pas d’une facilité à négocier avec les généraux nigériens – la secrétaire d’Etat adjointe américaine Victoria Nuland évoquant des discussions “parfois difficiles” avec les représentants de la junte -, cela montre tout de même les efforts diplomatiques déployés par les Etats-Unis pour aboutir à une solution allant en leur faveur.

Si le Niger représente un intérêt certain dans la politique américaine au Sahel, cela ne semble pas justifier pour Washington de s’enliser dans une intervention militaire incertaine, alors que Washington tourne davantage son regard vers le Pacifique que vers l’Afrique. “Il y a une tendance de fond au sein du gouvernement américain à voir le Sahel comme une cause perdue et à se tourner vers les pays côtiers face à la progression de la menace terroriste”, rappelait Michael Shurkin , avant d’ajouter, presque comme une fatalité : “Il y a de grandes chances que les Etats-Unis suspendent leur coopération, si la junte reste.”

Restent tout de même plusieurs problématiques communes à la France et aux Etats-Unis. Le risque djihadiste pourrait ressurgir alors que le mercredi 16 août 2023, une attaque terroriste au sud-est du Niger a fait 17 morts et plus de 20 blessés.
Le vide diplomatique laissé par l’Occident pourrait également pleinement profiter à la Russie et à ses milices Wagner pour proliférer au Niger comme elle a pu le faire au Mali ou au Burkina Faso.

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