Tata: quand le développement se réduit à de simples slogans… et que l’agriculteur est laissé seul face à la salinité de l’eau, à l’interdiction de la culture de la pastèque et au choix de l’exil
Abdellah Mechnoune
Position des Marocains du monde face à la décision d’interdire les cultures responsables de l’épuisement des ressources hydriques
Il est faux d’affirmer que la province de Tata est, en soi, dépourvue de ressources en eau. La véritable pauvreté ne réside pas dans l’eau, mais dans la manière de la penser et de la gérer. C’est en ces termes qu’un agriculteur marocain migrant, originaire de la province de Tata, s’est confié à notre site Italia Telegraph, exprimant avec douleur et amertume l’arrachement à sa terre natale.
La grande majorité des eaux souterraines de la province sont effectivement salines et impropres à la consommation humaine. Mais elles ne sont pas pour autant dénuées d’utilité, contrairement à un discours implicite souvent mobilisé pour justifier l’échec des politiques de développement. Ces eaux restent, à des degrés variables, exploitables à des fins agricoles, et ont été utilisées dans des cultures commerciales telles que la pastèque, générant des revenus modestes pour certaines familles, sans que ne soit posée la question essentielle : à qui ces cultures étaient-elles réellement destinées, et selon quelle perspective à long terme ?
La contradiction est frappante : alors que le discours dominant affirme vouloir lutter contre l’exode rural vers les grandes villes, les politiques mises en œuvre contribuent, dans les faits, à l’accélérer. On ne peut exiger de l’agriculteur qu’il reste attaché à sa terre tout en le laissant sans encadrement, sans orientation agricole sérieuse, et sans alternatives réalistes tenant compte des contraintes hydriques, climatiques, pédologiques et des conditions de stabilité sociale. La stabilité ne se construit pas par des slogans, mais par une viabilité économique concrète.
Lorsque la culture du palmier dattier est présentée comme une « solution miracle », on se heurte une fois de plus à la logique de l’image au détriment du projet. Des jeunes plants sont distribués aux agriculteurs comme investissement d’avenir, alors qu’en réalité ces plants nécessitent plus de dix ans — parfois jusqu’à treize ans — avant d’entrer en phase de production, comme nous l’a confirmé un autre migrant ayant pratiqué la phoeniciculture avant son départ pour l’Italie.
Quel agriculteur peut se permettre d’attendre une décennie entière dans la précarité et la vulnérabilité, pour qu’on lui explique ensuite que le projet a échoué pour des « raisons naturelles » ?
Si le palmier dattier constitue un choix stratégique, il doit être envisagé comme un choix économique et non comme un simple symbole patrimonial. Ce qu’il faut, ce sont des palmiers adultes, capables de produire en un ou deux ans, garantissant un revenu rapide et offrant à l’agriculteur une raison tangible de rester, comme l’a souligné un proche du migrant après un long silence. Toute autre approche ne relève pas du développement, mais d’un report organisé de l’échec.
L’augmentation des migrations, individuelles et collectives, depuis les zones de Tata vers les grandes villes et vers l’étranger n’est pas une fatalité géographique. Elle est la conséquence directe de politiques à courte vue, qui accumulent les projets sans vision globale, font porter à l’agriculteur le poids de l’attente et de la patience, et imputent ensuite les échecs aux « conditions climatiques ». La réalité la plus dérangeante est que les solutions sont connues, mais que le courage et l’audace nécessaires à leur mise en œuvre font défaut.
À Tata, il n’est plus nécessaire de multiplier les études diagnostiques ni les cérémonies officielles de plantation symbolique. Ce dont la région a besoin, c’est d’une pensée de développement lucide, reconnaissant que l’agriculteur ne vit pas de promesses — telles que l’attente d’un barrage dont les travaux sont annoncés sans jamais être achevés — et qu’il ne sème l’espoir que lorsqu’il est possible de le récolter.






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