La mort de l’Esprit (a-rûh) et le chemin vers sa Résurrection

italiatelegraph

 

 

 

 

Dr.Rachid Hamimaz

 

 

 

L’humanité est un mélange de matière, incarnée dans notre forme physique, et d’esprit (a-rûh), un souffle divin insufflé par le Seigneur dans la matière première de l’homme, l’argile, pour lui donner vie et la capacité de le connaître par le culte. Dans le soufisme, au sein de la dernière religion révélée, l’objectif spirituel est de cultiver l’Esprit pour qu’il prédomine sur la matière, sur le corps physique. Quand l’Esprit se développe, il contrôle le corps. Par exemple, lorsque le shaykh Sidi Jamal déclare : « ce n’est pas le sommeil qui me contrôle, mais moi qui contrôle le sommeil », cela illustre un Esprit (a-rûh) devenu si puissant qu’il s’affranchit du corps, autrement dit un esprit qui, ayant atteint un niveau de puissance et de sagesse exceptionnel, s’est libéré des besoins physiques et des tentations matérielles, atteignant ainsi une forme de pureté et d’indépendance absolue

En contraste, dans la civilisation occidentale, la matérialité a souvent éclipsé l’Esprit, parfois au point de le faire presque disparaître. Cela se manifeste quand les dirigeants occidentaux et leurs médias semblent indifférents à la détresse du peuple de Palestine, sauf lorsqu’elle concerne des individus qu’ils considèrent comme supérieurs. Leur humanité semble dissoute dans une matérialité régie uniquement par des intérêts ou émotions personnels.

De même, plusieurs intellectuels, occidentaux ou musulmans, restant silencieux face au génocide palestinien montrent aussi une extinction de l’Esprit. Prisonniers de la matérialité, ils craignent de perdre leur statut et leurs relations en exprimant leur opinion. Ils redoutent de compromettre leur rente de position, inquiets que leurs partenaires ou supérieurs ne leur pardonnent pas leur silence face au génocide et les privent de leurs privilèges multimodaux (matériels et immatériels), leur « coupent les vivres » comme on dit. Il est frappant de voir que tandis que les intellectuels éprouvent une peur viscérale à l’idée de voir leur subsistance et leur capital d’image menacés, les Palestiniens, eux, font preuve d’un courage remarquable en faisant face aux exactions, sans craindre de perdre non seulement leur gagne-pain, mais leur existence même. Cette divergence souligne la différence entre l’absence et la présence d’une force spirituelle intérieure, de l’Esprit.

Pour les intellectuels arabo-musulmans, ou leurs dirigeants, la question est particulièrement pressante. Pourquoi leur foi ne les a-t-elle pas incités à éveiller leur Esprit, cette « étincelle de transcendance spirituelle » dont parlait le philosophe Abderrahman Taha, pour prendre position ? Cela s’explique peut-être par le fait que leur religion est réduite à une série de rites dépourvus de leur essence spirituelle. Lorsqu’ils ont l’opportunité d’aborder les textes sacrés, ils le font avec un regard dépourvu de vie, rappelant l’enseignement de Jésus (sur lui la paix) annoncé aux pharisiens : ne pas lire les textes sacrés avec des yeux de mort. La loi doit vivre dans le cœur, symbolisant la présence vivante de l’Esprit.

Lorsque le Prophète (ﷺ) affirme : « Celui qui ne se soucie pas des problèmes des musulmans ne fait pas partie de leur communauté » (من لم يهتم بأمور المسلمين فليس منهم), cela implique qu’une personne dépourvue de cette « étincelle de transcendance », ou de l’Esprit (a-rûh), n’appartient pas à ceux qui portent en eux cette lumière spirituelle. Car l’Islam est une foi vivante, une religion animée d’une vitalité spirituelle, et non une croyance inerte, sans vie, une doctrine statique.

En moment où Gaza était bombardée s’achevait en Arabie saoudite le plus grand festival de musique électronique du Moyen-Orient, qui s’est tenu du 14 au 16 décembre. Attirant des centaines de milliers de fans, le festival s’est déroulé sur trois jours, où les participants ont dansé toute la nuit, se déplaçant de spectacle en spectacle. Cela s’est passé sans retenue, sans honte ni pudeur, tandis qu’à seulement un millier de kilomètres de là, un peuple musulman, incluant femmes et enfants, subissait une tragédie extrême.

L’occidentalisation du monde arabo musulman est précisément le dépouillement de son essence spirituelle, laissant place à une matérialité souvent jugée immorale, même dans les pays où les mosquées sont fréquentées assidument.

D’où finalement la nécessité d’un programme de prise en charge spirituelle, ce que les soufis appellent l’éducation spirituelle, dont l’objectif est de retrouver, de raviver ou ressusciter l’Esprit qui semble s’être éteint, l’élever au-delà des limitations humaines.

Ainsi, on comprend le besoin urgent, dans le monde moderne, musulman ou non, d’une renaissance de l’esprit, d’une étincelle de transcendance spirituelle. Le soufisme, ou l’Islam dans sa forme la plus pure, la quintessence de son message, semble être la voie vers le salut.

 

italiatelegraph


Potrebbe piacerti anche
Commenti
Le opinioni espresse nei commenti sono degli autori e non del italiatelegraph.
Commenti
Loading...