À l’ombre du drame palestinien : Petite réflexion sur la démocratie totalitaire

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Dr.Rachid Hamimaz

 

 

Hannah Arendt, philosophe et théoricienne politique allemande de confession juive, née en 1906 et morte en 1975, est renommée pour ses réflexions approfondies sur le pouvoir, la politique, l’autorité et le totalitarisme. Lors d’un entretien en 1974 avec Roger Errera concernant le totalitarisme, elle déclarait :

« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez »

Le totalitarisme ne doit pas être réduit à une simple domination exercée par une élite sur une base, comme cela fut le cas avec les régimes nazis.

Hannah Arendt, profonde analyste du totalitarisme à la suite de l’époque nazie, décrit ce régime de la manière suivante : « Indépendamment de la tradition nationale ou de la source particulière de son idéologie, le régime totalitaire transforme toujours les classes en masses, remplace le système de partis par un mouvement de masse, transfère le centre du pouvoir de l’armée à la police, et engage une politique étrangère explicitement destinée à la domination mondiale. »

Si Anna Arendt était vivante aujourd’hui, elle serait surprise de voir que le totalitarisme adopte des formes nouvelles où des groupes spécifiques prennent le contrôle, impliquant divers acteurs qui, dans un contexte démocratique, seraient normalement des garants de contre-pouvoir pour prévenir les dérives autoritaires, tels que les institutions parlementaires, les partis et les médias. Dans ces prétendues démocraties, la liberté d’expression est étouffée sous le couvert de la démocratie, qui sert de façade permettant à des lobbies de promouvoir des agendas parfois contraires aux intérêts nationaux. Ces agendas sont souvent dictés par un ensemble complexe d’intérêts économiques, et de croyances raciales ou religieuses.

À la différence des totalitarismes traditionnels comme le fascisme et le nazisme, qui centralisaient le pouvoir idéologique au sein de l’État, les formes contemporaines de totalitarisme répartissent cette idéologie de domination à travers plusieurs instances influentes dans la sphère politique, partageant des intérêts mutuels et collaborant pour consolider leur emprise.

Le mouvement de masse décrit par Arendt est principalement caractérisé par une apathie collective, tant que les intérêts immédiats des individus sont sauvegardés. Le régime totalitaire s’emploie ainsi à satisfaire ces besoins et à divertir les masses, de sorte qu’il les empêche de prendre conscience d’être dominées par une idéologie prête à sacrifier les intérêts nationaux pour des croyances spécifiques.

La force redoutable de cette forme moderne de totalitarisme, qui implique une coalition des entités traditionnellement vues comme contre-pouvoirs en démocratie, réside dans sa capacité à exercer la domination avec la complicité tacite des dominés. Ces derniers, ne parvenant pas à prendre conscience de l’emprise totalitaire, voient, souvent sans broncher, les valeurs autour desquelles sont bâties leur système politique et les intérêts de leur propre pays sacrifiés sous le voile séduisant de la démocratie.

Toutes les formes potentielles de contestation de cette « démocratie totalitaire » sont réprimées sans retenue, n’hésitant pas à mobiliser l’appareil législatif, une répression légitimée au nom même des valeurs démocratiques qu’elle prétend défendre mais qu’en réalité, elle trahit .

Il devient clair pourquoi ce type de totalitarisme se distingue par sa remarquable immuabilité : la prise de conscience de l’oppression est étroitement contrôlée, et toute velléité de contestation est rigoureusement et systématiquement réprimée. Cela rend ce système sans précédent dans l’histoire des totalitarismes.

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