Les nouvelles salles de cinéma : quel impact sur le paysage cinématographique marocain ?

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Mustapha Taleb
Critique de cinéma

 

 

Dernièrement, le Ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a donné son feu vert à l’ouverture de 50 salles de cinéma, inscrivant cette initiative dans un projet ambitieux visant à ouvrir un total de 150 salles dans plusieurs villes du Maroc.
Nul doute, cette initiative est louable et fructueuse en matière d’industrie cinématographique. Elle arrive à temps, au moment où plusieurs voix se sont élevées pour sonner l’alarme à propos de la fermeture ou disparition des salles de cinéma dans plusieurs villes du Royaume.

Par ailleurs, il faut rappeler que cette initiative s’inscrit, en général, dans la politique culturelle du Maroc qui s’appuie sur la Constitution de 2011 et qui a pour objectifs l’encouragement de la créativité chez les jeunes et la facilitation de l’accès aux expressions culturelles et artistiques, ainsi que le soutien permanent de la production cinématographique nationale (grâce au fonds d’aide) afin de promouvoir une industrie cinématographique nationale.

En d’autres termes, elle poursuit un chantier déjà lancé par les gouvernements précédents qui consiste à développer l’infrastructure cinématographique et à faire face aux problèmes de ce secteur, à commencer par la création de la Commission d’aide à la numérisation, à la modernisation et à la création des salles de cinéma, en passant par l’augmentation des subventions de soutien à la production cinématographique nationale et les réformes juridiques apportées au secteur cinématographique ; en arrivant aujourd’hui à ce programme de promotion de l’industrie cinématographique (avec l’ouverture des salles).
Dans cette optique, il faut dire que le Maroc est conscient de l’importance de la culture et des arts, en l’occurrence le cinéma, dans notre société, en ce sens que ce domaine est un vecteur de changement et de modernisation, de dynamisme et d’ouverture, ainsi que de revalorisation de l’identité culturelle marocaine et de ses valeurs nationales. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard si on parle aujourd’hui de « diplomatie culturelle » ou de « diplomatie cinématographique ». Le mot est chargé de sens et responsabilise tout cinéaste marocain et tout décideur marocain vis-à-vis de sa mission…

La mise en œuvre du plan actuel d’expansion des cinémas est donc inscrit dans ce vaste programme culturel à partir duquel chaque gouvernement cherche à réaliser une part. En conséquence, le Ministère de la Culture cueille le fruit de ses efforts.
Et cette expansion aurait sûrement un impact incontestable sur le paysage cinématographique marocain, notamment, la promotion du film marocain auprès du grand public qui, souvent, n’a pas l’occasion de le voir à cause de l’absence des salles de cinéma dont souffrent plusieurs villes marocaines. Par conséquent, cette initiative permettra de créer une dynamique culturelle, artistique et cinématographique. Depuis les années 60 et 70, le cinéma, via les cinéclubs, a toujours été derrière cette dynamique qui, malheureusement, s’est effilochée avec le temps, pour des raisons que tout le monde connait : piratage, foisonnement des chaines paraboliques, puis l’envahissement d’Internet et ses plateformes numériques offrant moult spectacles souvent gratuitement. D’ailleurs, la question qui se pose aujourd’hui est la suivante : Quel avenir pour le cinéma dans le monde des plateformes numériques ?

Toutefois, il est de notre devoir de dire ou de rappeler que le défi d’instaurer une industrie cinématographique nationale, proprement dite, pareille à d’autres pays comme l’Egypte, n’est pas encore relevé. Certes, l’engagement en faveur de ce projet est là mais il y a encore du pain sur la planche.
C’est pourquoi il ne suffit pas seulement d’ouvrir des salles de ciné, mais il faut les accompagner de campagnes de sensibilisation à la télé, aux médias, dans les écoles et les universités, afin d’attirer le public qui a déserté les salles. Aujourd’hui, cela constitue un réel problème. Il est inconcevable de constater que jusqu’à aujourd’hui (au XXIème siècle), nos écoles ne sont pas dotées d’équipements audiovisuels. Comment peut-on éduquer nos écoliers à l’image et leur transmettre ou véhiculer une vraie culture cinématographique ?

En outre, pour attirer ce public submergé par les productions étrangères et les plateformes, il faut également que notre production cinématographique réponde à ses attentes. Le public d’aujourd’hui est exigent tant sur la qualité artistique que sur le contenu. Le public veut voir ses valeurs, ses problèmes, ses combats, ses revendications, ses aspirations, ses joies, ses peines, son histoire dans les films marocains, loin de la médiocratie qui a infiltré (pour ne pas dire sévi) notre paysage culturel et artistique.
A bon entendeur !

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